Les voix du Pamano

Premier gros coup de cœur de cette sixième saison d’actu du noir. Un roman qui a déjà été publié il y a quelques années. Car l’été c’est aussi le moment où on écoute les copains. Et là il y en avait un qui me parlait depuis longtemps de ce roman Les voix du Pamano du catalan Jaume Cabré. Mais comme toujours, je n’avais jamais le temps, il y avait toujours une pile en souffrance … Finalement, avant d’attaquer la rentrée, je me suis décidé. Bien m’en a pris. Merci mille fois aux amis têtus et opiniâtres.

cabreTorena, petit village des Pyrénées catalanes. Comme dans le reste de l’Espagne, la guerre civile et les années de franquisme y ont laissé des traces, des haines, des rancœurs. C’est tout cela qui va remonter à la surface quand Tina, jeune institutrice, commence une recherche a priori inoffensive sur l’évolution du matériel scolaire dans ce coin des Pyrénées.

Il se trouve qu’à Torena des ouvriers sont en train de détruire l’école pour en construire une nouvelle. C’est comme ça qu’innocemment Tina va mettre la main sur quatre cahiers cachés derrière le tableau noir. Quatre cahiers qui vont faire revivre l’Histoire et les histoires de ce village.

Celle d’Oriol Fontelles, l’instituteur phalangiste, d’Elisenda Villabrù, maîtresse femme, richissime qui fait la pluie et le beau temps dans la région, de l’ancien maire franquiste, des maquisards … Et de bien d’autres. Des histoires qui montrent que dans ce coin de montagne, comme dans le reste du pays, les plaies du passé sont encore loin d’être guéries.

Magnifique, somptueux, bouleversant, magistral, époustouflant … Les adjectifs manquent pour dire l’impression laissée par ce roman choral mené de main de maître. Après les premières pages un peu rudes à suivre, le lecteur est happé par le procédé narratif qui passe d’une époque à l’autre, d’un point de vue à l’autre sans forcément annoncer la couleur. Il commence aussi à se retrouver dans les multiples personnages.

A partir de là c’est parti, on est pris, de plus en plus pris, par les mystères des personnages de Torena, par la violence de l’Histoire et des histoires, par un superbe mélange d’amours, de haines et de vengeance.

La construction est brillante, la langue superbe, le rendu de l’époque saisissant. On sent le poids de l’église et de l’Opus Dei, la mainmise des puissants, leur façon de toujours s’en sortir et d’être d’aussi bon démocrates qu’ils ont été d’excellents franquistes.

Il y a l’hypocrisie mais aussi le courage, la corruption et la méchanceté, mais aussi l’abnégation et la fidélité à des valeurs … Et puis les non-dits, les silences pesants d’un village de montagne, accentués par la chape franquiste.

Et quels personnages inoubliables. Des portraits d’hommes et de femmes qui ne vous quitteront pas, pour le meilleur et pour le pire. Avec en tête Oriol Fontelles, qui se révèle au cours du roman, et la superbe et effrayante Elisenda … mais aussi tous les autres. Tous ont droit au talent de l’auteur, tous sont décrits dans toute leur complexité et leur humanité.

En résumé, un vrai chef-d’œuvre.

J’ai mis du temps à me décider à le lire, j’espère au moins que j’aurais convaincus quelques-uns d’entre vous de prendre, aussi, le temps d’ouvrir Les voix du Pamano.

Jaume Cabré / Les voix du Pamano (Les veux del Pamano, 2004), Bourgois (2009), traduit du catalan par Bernard Lesfargues.

4 réflexions au sujet de « Les voix du Pamano »

  1. Meyer Meyer

    Merci pour m’avoir fait découvrir ce roman. Convaincu par la critique élogieuse de JML j’ai acheté le roman dès que l’article est paru dans actu du noir (bon peut -être quelques semaines après) et effrayé par le pavé ,je l’ai laissé dormir dans la pile des livres à lire. Profitant des mes vacances je l’ai emporté avec moi, et là sous le doux soleil breton de septembre : le choc ! Passé les premières pages qui déroutent un peu (mais ce lisent quand même facilement), on est envoûtés par le livre. La critique de JML est très juste ; une superbe écriture, une histoire haletante et des personnages que l’on ait pas près d’oublier. Un grand livre qu’il faut absolument lire.
    Les autres romans de cabré sont-ils de cette qualité ?

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  2. Meyer Meyer

    Je viens de finir Confiteor. Je ne peux que le conseiller. C’est de la m^me veine que « les voix de P.. » mais encore peut-être plus touffu plus abouti. C’est un pavé assez lourd tenir et à transporter mais ça vaut vraiment le coup de se muscler les bras en le lisant. Un grand livre. Je pense que je vais me lire tous les Jaume Cabré. Mais avant tout pour me remettre de mes émotions un petit polar des ce soir Je vais m’en choisir un pas trop épais pour soulager mes vieux bras

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