Noah Hawley, Le bon père

On ne peut pas reprocher à la série noire de ne pas prendre de risque … Cette année, après La nuit de Frédéric Jaccaud, Le bon père de l’américain Noah Hawley une fois de plus, ne caresse pas le lecteur dans le sens du poil. Malgré cela (ou plutôt, à cause de cela), ce serait dommage de passer à côté.

HawleyLe Docteur Paul Allen mène une vie réglée et confortable du côté de New-York. Médecin reconnu (et donc fort bien payé), époux et père comblé, il vit dans une banlieue tranquille et cossue. Jusqu’au soir où, loin de là, à los Angeles, un déséquilibré tire sur le candidat démocrate à la Présidence, l’homme qui rassemblait l’espoir de tout le pays. La nouvelle est choquante. Cinq minutes plus tard deux hommes sonnent à sa porte. L’assassin a été arrêté. C’est un jeune homme d’une vingtaine d’années. Le fils de Paul Allen, né d’un premier mariage. Un fils qu’il n’avait pas vu depuis des mois. Incapable de se rendre à l’évidence, Paul Allen va basculer dans la paranoïa et remonter dans le passé de ce fils qu’il croyait connaître pour trouver la faille, prouver son innocence … Ou se résoudre à l’impensable.

Commençons par évacuer une question rigolote. Je ne sais pas qui a décidé de cataloguer ce roman dans « thriller » en quatrième de couverture, mais vraiment, c’est plutôt drôle. Parce que s’il y a en ce moment un roman qui n’a rien du « thriller » tel que l’entendent les vendeurs de best sellers, c’est bien celui-là !

Passons donc. Un roman absolument passionnant. Tant par la forme, que par les questions qu’il pose.

On dit d’un morceau de musique que si l’ouverture et le final sont réussis, le tour est joué. C’est aussi vrai pour un roman. Et ici les deux chapitres, le prologue et l’épilogue sont très forts. Très émouvants. Vraiment. Je n’ai pas envie de les reprendre ici (j’ai la flemme) et vous pouvez aller voir chez Yan le final du prologue.

Entre les deux, le récit est parfaitement distribué entre le présent de ce père qui cherche à savoir, le récit des derniers mois du fils et les retours quelques cas célèbres d’assassinat d’hommes politiques ou d’anonymes.

Une mise en forme au service de deux questions : Comment peut réagir un père à une telle nouvelle ? Et pourquoi dans ce pays autant de jeunes hommes, un jour, prennent une arme et tirent sur quelqu’un, sénateur, président ou passant ?

Deux questions, aucune réponse … Et c’est la grande force du livre.

La première, bien évidemment, va continuer à tourner, tourner, tourner dans la tête de tous ceux qui ont des gamins. Elle rejoint la thématique d’un autre roman extraordinaire, Les feuilles mortes du grand Thomas Cook. Le récit ici prend une autre direction, mais il partage avec celui de Cook la finesse dans la description d’une situation qui pourrait se prêter au pathos le plus lourd et le plus larmoyant. Je sais que cette question restera longtemps dans un recoin de mon cerveau, et resurgira sans doute aux moments les plus inattendus …

La seconde question évidemment ne trouve pas non plus de réponse. Quel disfonctionnement, quelle frustration, peuvent-ils expliquer que dans le pays qui se définit lui-même comme la plus grande démocratie du monde, la lumière qui doit guider le reste des nations, autant de jeunes hommes prennent un jour une arme pour tirer sur un sénateur, un président ou des anonymes ? Comment en sont-ils arrivés là ? Qu’est-ce qui dans l’Histoire, et dans leurs histoires a abouti à ce geste irréversible ? Des éléments, des fragments de réponses sont apportés, mais il est clair, tout au long du roman qu’aucun n’apporte une explication satisfaisante. Ni pour les cas réels exposés, ni pour l’histoire inventée par Noah Hawley.

Ce qui laisse le lecteur, comme le pauvre docteur Allen, perdu, troublé (et c’est peu dire) et durablement marqué par cette histoire.

Noah Hawley / Le bon père (The good father, 2012), Série Noire (2013), traduit de l’américain par Clément Baude.

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