Sam Millar, On the brinks

En deux romans, Poussière tu seras, et Redemption factory Sam Millar, l’Irlandais du nord s’est déjà fait une réputation parmi les amateurs de noir très noir. En deux romans il a marqué par son univers sans pitié et la qualité de son écriture. Avec On the brinks il aborde un autre genre, l’autobiographie.

MillarAvant d’être écrivain Sam Millar fut catholique irlandais à Belfast, prisonnier politique dans l’enfer des prisons de la mère Thatcher, croupier à New York, avant de braquer un entrepôt de la Brinks, l’un des plus gros casse de l’histoire américaine. Prisonnier malgré le manque de preuves pendant des années, il finira par rejoindre l’Irlande du Nord où il commencera à écrire … Mais ceci est une autre histoire.

Un parcours atypique et romanesque qui explique la noirceur de romans du bonhomme (pour ce qui est de sa qualité d’écriture, il ne la doit, je suppose qu’à son talent et à son travail).

Un parcours raconté avec un parti pris original, celui de l’ellipse. Sam Millar choisit de passer sous silence des pans entiers de sa vie, pour braquer son projecteur sur certains épisodes. C’est ainsi qu’on ne saura rien de ses activités politiques avant la prison, ni même des circonstances de son arrestation. Rien non plus de son départ d’Irlande, de son installation à New York ou de sa vie de famille. Plus étonnant, la préparation du casse, et même sa réalisation sont évoqués très rapidement, alors qu’on pourrait penser qu’ils seraient le point d’orgue du récit.

L’essentiel du récit est en fait centré sur son rapport à la justice (si on peut appeler ça une justice) et au monde carcéral.

La première partie, récit effarant sur les conditions de détention dans les prisons anglaise, au temps de la mort de Bobby Sand vous marquera à jamais. Sans effets, d’une écriture rageuse et froide à la fois, Sam Millar arrive à raconter l’irracontable. Si le ton et l’écriture n’étaient pas aussi tristement convaincants, on devrait penser qu’il exagère. Comment croire qu’une démocratie, un pays considéré comme civilisé a pu se comporter comme la pire des dictatures ? Car ce n’est pas un cas isolé de tortures dues à un pervers localisé que nous raconte l’auteur, c’est la torture instituée en système par tout un appareil judiciaire, par toute une société qui est ici décrite. On devrait douter, et pourtant le récit dégage une telle sincérité, une telle rage, une telle douleur, qu’on sait que c’est bien la vérité que nous raconte l’auteur.

Changement de ton avec la deuxième partie qui culmine non pas avec le casse, mais avec le procès qui suit. En quoi Sam Millar se révèle digne des plus grands spécialistes du thriller judiciaire américain, la scène de procès étant un modèle de suspense. Et là, bienvenue en Amérique, où ce qui compte, c’est le fric :

« Tuez quelqu’un dans ce foutu pays, et ce sera oublié en quelques semaines, si ce n’est quelques jours. Mais volez l’argent du gouvernement et ils vous traqueront jusqu’à ce qu’il ne reste plus dans votre corps la moindre goutte de sang et de sueur. »

L’ensemble est passionnant, étonnant, et donne immédiatement une envie : que l’auteur écrive une seconde partie pour éclairer toutes les zones d’ombre qu’il a laissées. Mais sans doute n’est-ce pas son intention. Quoi qu’il en soit, j’attends sa prochaine œuvre avec impatience.

Sam Millar / On the Brinks (On the Brinks, 2009), Seuil (2013), traduit de l’irlandais par Patrick Raynal.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s