Simona à Paris

Il semblerait que Serge Quadruppani soit tombé amoureux de la plantureuse Simona Tavianello et qu’il ne puisse plus s’en séparer. Après Saturne et La disparition soudaine des ouvrières la revoici dans Madame Courage.

QuadruppaniSimona donc, commissaire anti mafia, se retrouve malencontreusement prise dans une manif contre le TGV transalpin italien … Mais côté manifestants. Résultat elle se fait matraquer par ses collègues, et comme elle est connue des media, l’affaire de la grande gueule romaine qui manifeste avec les « gauchistes » passe mal auprès de sa hiérarchie. La voilà donc en vacances forcées à Paris avec son napolitain de mari. Cependant, on le sait maintenant, les vacances du couple sont souvent mouvementées. Et ils se retrouvent « par hasard » dans un restaurant où une main coupée est servie dans le tajine à côté d’eux. Quand vous saurez que différents services secrets, quelques mafieux, des hommes d’affaire à morale variable, et une pincée d’islamistes plus ou moins excités trainent dans les parages, vous comprendrez que les vacances sont finies.

Un vrai plaisir de retrouver Simona et Serge. Un vrai plaisir de découvrir de nouveaux personnages, Francesco Marrone le flic qui résout les affaires en dormant, Stéphanie Lagourme, alter ego parisienne de Simona, ou la superbe Maria et Gisela la toujours révoltée (beaucoup de très beaux portraits de femmes …). Un vrai plaisir de le voir mettre en scène de vrai pourris et de vrais affreux, magouilleurs sans scrupules des services secrets, commis lèche-cul du pouvoir ou manipulateurs tartuffes se cachant derrière une soi disant foi et sainteté. Un vrai plaisir (un peu masochiste) de voir sous sa plume comment tout ce beau monde censé se détester et se combattre sait bien s’entendre en douce sur le dos des naïfs que nous sommes.

Un vrai plaisir aussi de partager ses rages, ses colères et ses soutiens. Soutien, aux résistants No-TAV, à ceux qui ont protesté contre l’interdiction kafkaïenne de certains auteurs dans les écoles et bibliothèques du nord de l’Italie, colère contre les islamistes récupérateurs de révolution et alliés secrets des pires tyrans, colère contre les petites manipulations des différentes officines de flics et de services secrets, colère contre le pouvoir et l’arrogance du fric …

Tout ça pourrait être un catalogue ennuyeux. Il n’en est rien. Par la grâce d’une histoire bien menée, même si, comme il l’écrit lui-même « on n’était pas dans un de ces polars ou tout, jusqu’au moindre détail, était expliqué à la fin » de personnages incarnés et d’une écriture sensuelle qui sait faire sentir une pâtisserie orientale, déguster un Rivesaltes ou s’émouvoir de la beauté d’une femme.

En ces temps de connerie aggravée et d’arrogance des plus riches, rien de tel qu’une bouffée de parfum d’agrumes. Lisez Madame Courage et vous verrez.

Serge Quadruppani / Madame Courage, Le Masque (2012).

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