Un excellent Massimo Carlotto

Massimo Carlotto n’est jamais aussi bon que lorsqu’il met en scène un authentique salopard. Avec Giorgio Pellegrini, « héros » de Arrivederci amore il en tient un de belle facture. Du coup son dernier roman, A la fin d’un jour ennuyeux qui reprend le personnage est absolument excellent.

CarlottoGiorgio Pellegrini est donc une authentique pourriture. Ancien combattant d’extrême gauche des années 70, converti sans état d’âme à la délation et à la délinquance, il s’est acheté une conduite grâce à l’argent mal acquis (et oui, contrairement à l’adage gentillet, bien mal acquis profite souvent). Il est aujourd’hui l’heureux propriétaire d’un restaurant où se rencontre le gratin de la Vénétie. En parallèle il gère de main de maître un petit groupe de prostituées de haut vol, très discrètes, à destination des politiques et hommes d’affaires. Et il est marié avec une très belle femme qui lui obéit en tout. La belle vie. Jusqu’à ce que son « ami » et associé l’avocat et député Brianese lui vole les deux millions d’euros qu’il lui avait confiés pour investissements. Une grosse erreur car, comme le dit Giorgio :

« Eux, ils avaient connu un homme différent, prêt à tout pour plaire et pour être accepté. Ils n’avaient pas la moindre idée de qui était vraiment Giorgio Pellegrini. »

Les italiens sont vraiment les meilleurs quand il s’agit de nous mettre dans la tête d’une authentique pourriture. Pas un psychopathe serial killer comme aux US. Pas même un fanatique raciste xénophobe, d’extrême droite … Non, juste un pur produit du capitalisme et de l’individualisme. Juste poussé à son extrême. Un qui ne pense qu’à lui, uniquement à lui, qui n’a aucun frein moral et un seul but, gagner du fric.

Le magnifique Giorgio Pellegrini peut rejoindre ses collègues Eddie Florio de Valerio Evangelisti, ou Gigi Vianello autre personnage de Massimo Carlotto. Infect avec les femmes, n’hésitant pas à tuer quand un meurtre l’arrange (même si la victime ne lui a rien fait), capable des pires extorsions, chantages, tortures … manipulateur, calculateur … et tout ça dans un seul et unique but : le bien être de Giorgio Pellegrini. Une vraie raclure, un vrai plaisir de lecture.

Car on se fait complètement piéger. A la question que je lui avais posée de savoir comment il avait supporté la cohabitation avec Florio, Valerio Evangelisti, très pince sans rire, m’avait répondu que ce n’était qu’un travail qui lui rapportait de l’argent. Que c’étaient ses lecteurs qui devaient se demander pourquoi ils payaient pour lire des horreurs pareilles ! Et en plus on prend plaisir à suivre les aventures infâmes de cet abominable, et on en vient presque à espérer qu’il réussisse et qu’il s’en tire.

Au-delà de la plaisanterie, rien de tel qu’un Giorgio ou un Eddie pour cristalliser et incarner un système pourri jusqu’à la moelle qui met au-dessus de toute valeur la réussite financière, et tous les signes extérieurs qui vont avec. Si les italiens sont si forts dans ce genre de littérature, c’est peut-être qu’ils ont eu, jusqu’à la nausée, un des plus beau représentant de cette société comme chef de gouvernement …

Massimo Carlotto / A la fin d’un jour ennuyeux (Alla fine de un giorno noioso, 2011), Métailié (2013), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

4 réflexions au sujet de « Un excellent Massimo Carlotto »

  1. samgotfield

    Système noir et pourri soigné à la gomina jusqu’au détail, lorsqu’il n’a plus de raison d’en faire. J’ai particulièrement apprécié Arrivederci amore.
    Article qui donne envie d’aller retourner ces pages ! Merci

    Répondre
    1. actudunoir Auteur de l’article

      Et moi, comme une triple buse que je suis, je n’ai jamais lu Arrivederci …
      Mais que Carlotto est grand quand il campe ces personnages de pourritures !
      Vivement le prochain.

      Répondre

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