Une (légère) anticipation de Henry Porter

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Henry Porter, digne héritier du grand John Le Carré. Et même si je ne suis pas systématiquement ses sorties, je le lis avec grand plaisir dès qu’il m’en tombe un sous les yeux. Le dernier en date Lumière de fin, est atypique mais excellent.

PorterDavid Eyam, brillant élève à Oxford, recruté par les services secrets anglais a connu une carrière toute aussi brillante que son cursus. Jusqu’aux plus proches cercles du pouvoir, avant de tomber en disgrâce et de partir s’enterrer dans la campagne anglaise. Les quelques amis qu’il a encore sont donc choqués d’apprendre, avec un bon mois de retard, sa mort « accidentelle » dans un attentat en Colombie. La plus surprise est Kate Lockhart, ex agente des mêmes services, amie proche de Eyam, aujourd’hui avocate dans un grand bureau à New York qui hérite de tous ses biens. En rentrant elle découvre un pays changé, où tous sont surveillés de près, surtout les anciens amis de David. Sa mort gênerait-elle le pouvoir ?

Un roman atypique donc, car il se déroule dans un futur proche, très proche, trop proche même d’après l’auteur que je cite dans sa postface :

« Les Britanniques sont aujourd’hui plus surveillés que n’importe quel autre peuple à l’Ouest, voire dans le monde entier. Nous avons plus de caméras de surveillance que toute l’Europe réunie. Elles infestent non seulement les rues et les centres commerciaux, mais aussi les restaurants, les cinémas et les pubs (…)

Les gens sont surveillés tout le temps. Les voyages sur la route sont maintenant suivis par des caméras adaptées de façon à pouvoir lire les plaques d’immatriculation des véhicules, et les données de n’importe quel déplacement sont conservées pendant cinq ans ».

C’est cette dérive vers une société orwellienne qu’Henry Porter décrit ici. Avec tout son talent de maître du roman d’espionnage. L’intrigue est solidement construite et, si elle demande un peu d’attention au démarrage, on est rapidement pris dans la nasse. Une nasse subtilement futuriste, au point qu’on met un moment à se demander à quelle époque se déroule le roman, et encore un peu plus à se dire qu’on doit être dans un futur très proche. Ce qui fait d’autant plus froid dans le dos.

Ne reste plus au lecteur français, glacé par cette vision d’un demain possible, qu’à se demander s’il n’y a que chez les grands bretons que ces choses là puissent arriver …

Henry Porter / Lumière de fin (The dying light, 2009), J’ai Lu (2012), traduit de l’anglais par Raymond Clarinard.

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