William Gay, La demeure éternelle

J’ai découvert William Gay tardivement, avec la réédition de La mort au crépuscule en poche. Impressionnant. La raison pour laquelle je ne voulais pas passer au travers de La demeure éternelle, son premier roman enfin disponible en français.

Gay demeureLe Tennessee dans les années 40 c’est pauvre et rural. A Mormon Spring, Dallas Hardin fait la pluie et le beau temps. Distillation clandestine, bastringue tout aussi clandestin, tout cela avec la bénédiction d’autorités achetées. Ceux qui se dressent sur son chemin meurent en général très rapidement. Ce fut le cas d’un des premiers à s’opposer à lui, Nathan Winer qui disparut littéralement en 1933.

Dix ans plus tard, son fils, Nathan Winer 17 ans tombe amoureux de la très belle Amber Rose. Malheureusement Dallas Hardin a des projets pour elle. Et c’est cet être violent et pourri jusqu’à la moelle que Nathan, fort de son bon droit et de son innocence va affronter, sans se douter une seconde qu’il marche sur dans les pas de son père disparu.

Je dois avouer que j’ai été moins emballé par cette demeure éternelle que par La mort au crépuscule. Moins emballé ne veut pas dire que je n’ai pas aimé, seulement que j’ai préféré l’autre. Dans ce dernier, la tension narrative était installée dès le début du roman, faisant peser sur chaque scène, même lente, même onirique ou en apparence « hors intrigue » l’ombre du croquemitaine que l’on sentait toujours présent, quelque part, dans la nuit environnante.

Ici le point de départ de la même tension, celui qui va tendre la corde entre Nathan et Hardin n’intervient qu’aux deux-tiers du roman, après une longue période où l’auteur écrit plutôt une chronique des années 40 dans ce désert rural, décor âpre, zone en pleine perte de vitesse : industrie moribonde, peu d’agriculture, désert culturel …

Ensuite on retrouve l’éternelle lutte du Bien contre le mal, de l’innocence contre la corruption. Un affrontement qui peut donner lieu à d’abominable navets bienpensants, convenus, voire nauséabonds, mais qui donne lieu ici à un combat certes connu, mais qu’on a l’impression de redécouvrir chaque fois qu’un écrivain de talent s’en empare. Et William Gay en a du talent et l’on se surprend, une fois de plus, à trembler pour le Héros, à haïr le Monstre, et à craindre des surprises car il y en a …

En résumé un très bon roman, à conseiller plutôt aux amateurs d’ambiances qu’aux fans de thrillers, et juste un peu moins bon (du moins à mon goût) que ce que l’écrivain produira par la suite.

William Gay / La demeure éternelle (The long home, 1999), Seuil/Policiers (2012), traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias.

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