Chroniques d’Arkestra suite

Avec Casher nostra, Karim Madani poursuit les chroniques d’Arkestra entamées avec Le jour du fléau.

MadaniNous revoici donc à Arkestra, dans le quartier juif d’Hannoukka. Max Goldenberg se débat avec ses problèmes d’argent : il est coursier, il se gèle sur son scooter pour un salaire de misère, sa mère est atteinte d’Alzheimer et les services sociaux menacent de la placer dans un mouroir. Solution qui ne déplairait pas à Sarah sa fiancée. Hors de question pour Max. Quand au détour d’une visite chez le toubib il entrevoit la possibilité de mettre la main sur un stock d’herbe de qualité supérieure. Voilà qui donne des idées. Mais ne s’improvise pas dealer qui veut, surtout quand le marché est déjà tenu par les caïds, et que les flics ont l’œil. Mais Max n’a pas le choix …

Je vais tout de suite me débarrasser d’une toute petite réserve : J’ai eu l’impression, par moment, que l’auteur se faisait un peu plaisir et se regardait écrire … Comme s’il se laissait emporter par le plaisir des énumérations, par le flot de mots, de leur sonorités. Parfois ça marche, d’autre fois ça tombe un peu à côté, à mon goût.

Mais c’est minime, et cela n’enlève rien à la force et surtout à l’émotion de ce roman. Un roman qui arrive à faire remonter des lectures et des images. J’ai pensé aux romans de Charyn avec cette mafia juive urbaine, même si ici la mafia est un élément du passé, une sorte de décor sépia qui s’efface peu à peu. J’ai aussi vu des images de Sin City (la BD plus que le film), toutes en noir et blanc, traits rageurs et pas de gris. Mais ces références (que j’invente peut-être) sont fondues dans l’écriture, n’écrasent jamais son roman et sont comme autant de fils qui servent à la construction de son propre univers.

Un univers gris, urbain, dans lequel il fait évoluer des personnages très forts, et pour lesquels on sent qu’il a beaucoup de tendresse. Il me semble (mais là encore je peux me tromper), que l’auteur c’est un peu apaisé : Là où Le jour du fléau n’est que rage et destruction (voire autodestruction), il est dans Casher Nostra (un peu) plus calme, on le sent plus proche de ses personnages. Même Alex, le vigile bas de front arrive à nous émouvoir.

Mais c’est surtout Max, sa mère et le magnifique personnage à peine entraperçu de l’artiste des rues qui marquent. Max le perdant, Max qui se les gèlent, Max qui veut une autre vie, mais Max qui ne peut abandonner les siens. Il est beau ce Max, il est humain, il est couillon par moment, mais qu’est-ce qu’il est attachant. Et quel couple il forme avec sa mère de plus en plus perdue dans les brumes de la maladie !

Tout cela est déjà fort beau. L’auteur le magnifie au travers d’un personnage à peine entraperçu, Skit, peintre des rues d’Hanoukka, virevoltante silhouette qui offre au roman un final magnifique. On en pleurerait presque.

Karim Madani / Casher Nostra, Seuil (2013).

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