Découverte magistrale : Né sous les coups

Fin des vacances. C’est la rentrée, chez rivages aussi. Et d’emblée un choc avec ce premier roman magistral d’un anglais : Avec Né sous les coups de Martyn Waites ça commence très fort et très noir.

Waites1984, quelque part dans le nord de l’Angleterre, les mineurs se mettent en grève pour combattre la fermeture de leur mine pourtant rentable, décidée par le gouvernement Thatcher. Tony Woodhouse, tout jeune homme, est le héros de la ville grâce au but qu’il a marqué contre Arsenal. Larkin est un jeune journaliste en colère, prêt à combattre par la plume au côté des mineurs, sa sœur Louise va tomber amoureuse de Tony. Tommy Jobson se taille une réputation de violence et de cruauté dans l’empire du caïd du coin.

Ils ne savent pas encore que Thatcher et ses alliés ont décidé d’écraser tous les mouvements populaires, dans le sang, les charges de police et une propagande massive. La solidarité ouvrière vit ses derniers instants, mais elle l’ignore encore.

Vingt ans plus tard, la ville est à moitié morte, les centres de réinsertion tentent de sauver quelques junkies et alcooliques. Tony boite et dirige un de ces centres, Tommy est le patron de la pègre locale, et Larkin revient, avec l’intention de dresser un bilan des années qui ont suivi la répression sanglante des grévistes. Le passé remonte, avec ses fantômes, et quelques vieux comptes vont devoir se payer.

Si j’en crois la quatrième de couverture, Né cous les coups est le premier roman de Martyn Waites. Il en est d’autant plus impressionnant. Pour un coup d’essai, c’est vraiment un coup de maître. Un très grand roman noir, dans le sens premier du terme, dans la lignée des deux romans de Stéphanie Benson sur la grève des mineurs de Liverpool (Brumes sur la Mersey et Sombre Liverpool).

Tout est magnifiquement maîtrisé et réussi dans ce roman.

La construction de l’intrigue, faite de va et vient entre « avant » et « maintenant », entre les années 80 du thatchérisme et le début des années 2000 de la désillusion complète est impeccable. L’auteur distille les faits et les indices, crée petit à petit une trame de suspense et de mystère là où l’on ne perçoit au début qu’une chronique, et les pièces du puzzle se mettent en place sans même qu’on se rende compte, jusqu’au dernier moment, qu’il y avait un puzzle. Très fort.

Les personnages sont de vrais personnages de roman noir. Fragiles, blessés, cassés, et pourtant toujours debout. Tous sont touchants à un moment ou un autre, tous sont agaçants ou même haïssables à un moment ou un autre. Tous ont été brisés par la politique libérale de la mère tape-dur. Même s’il les présente bien comme des victimes, l’auteur ne les exonère à aucun moment de leur responsabilité. Il montre juste ce qui les a amené où ils sont.

Là où l’auteur fait très fort, c’est de mettre en rapport, dans sa construction, la violence de la politique anglaise des années 80 et les conséquences désastreuses 20 ans plus tard. Il montre ce qui a été écrasé et ne sera jamais (du moins pour l’instant) reconstruit. Comment toute solidarité, toute idée de lutte, une certaine forme de dignité ont été détruits. Il montre les ravages sur les enfants de ceux qui ont vécu cela. Comment voir des parents démolis, voir un monde sans valeurs et sans espoir, sans appartenance à un groupe, un monde individualiste où on ne se bat plus que pour soi change la vie de ces mômes.

Un roman noir social impressionnant, et comme je l’ai lu dans un article, si avant vous n’aimiez déjà pas Maggie, après vous la haïrez encore davantage. Et vous saurez encore mieux pourquoi.

Martyn Waites / Né sous les coups (Born under punches, 2003), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’anglais par Alexis Nolent.

7 réflexions au sujet de « Découverte magistrale : Né sous les coups »

  1. Le Noir

    Je viens de lire ta critique du second roman de cet auteur, j’ai donc suivi le lien et je laisse ce commentaire du coup un peu tardif : j’ai beaucoup aimé les bouquins cités de Stéphanie Benson. Donc pour les lecteurs qui suivront aussi ce lien et qui ne les auraient pas lus, je les recommande… Maggie « the witch », brûle en enfer (si c’est possible).

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  2. Meyer Meyer

    Superbe entrée en matière avec un premier chapitre assez extraordinaire. J’ai été un peu moins enthousiaste sur la fin du livre notamment sur les rapports entre Tony et Tommy. Sinon cela reste un très bon livre. Je lai lu après « ténèbres ténèbres  » de John Harvey et c’est vrai que Thatcher ne remonte pas dans mon estime. Finalement à côté de la dame de fer on aimerait presque l’eau tiède

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Pour un vieux comme moi, Thatcher s’était déjà la monstre … Les malvines, les prisonniers politiques irlandais, la casse sociale … Donc cela ne fait que confirmer, mais de très belle manière.

      Répondre

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