Des monstres à l’état pur.

L’actualité polar est riche, très riche. Après Asphalte qui nous a fait découvrir un nouvel auteur brésilien, voici l’argentin Miguel Angel Molfino et ses Monstres à l’état pur chez Ombres Noires.

MolfinoProvince du Chaco, au nord de l’Argentine, loin très loin de Buenos Aires. Paysage plat, chaleur écrasante. Estero del Muerto est un village oublié de tous. Il n’y existe un semblant de vie que pendant les quelques jours où le train vient chercher la récolte de coton. Et il ne s’y passe rien. Jusqu’à ce jour où deux inconnus arrivent à la ferme des Hordt, famille de paysans qui survivent difficilement et les abattent sans raison apparente. Seul Miro, le fils de la famille survit, juste parce qu’ils ne l’ont pas vu. Paniqué, il enterre ses parents avec l’aide de l’ouvrier agricole et s’enfuit. Il est alors pris en stop par Hansen, un trafiquant d’armes qui va lui révéler sa nature profonde …

Etrange roman et très belle découverte des jeunes éditions Ombres Noires.

N’attendez pas une intrigue léchée, une histoire à rebondissement. Miguel Angel Molfino nous propose ici deux choses : le portrait d’une partie de l’Argentine oubliée de tous, et celui des monstres qu’elle engendre.

Le premier chapitre, description d’Estero del Muerto est d’une beauté envoutante. Il donne le ton. On découvre ensuite ses habitants, et l’on se croirait dans un roman de Caldwell. Des personnages durs, tout en angles, sans la moindre joie de vivre, uniquement portés par le travail et la souffrance.

Région perdue, isolée et étouffante, habitants secs comme des ceps de vigne … la fabrique à monstres est prête. Et il y en a quelques uns. A commencer par une équipe de flics ignobles, sales, puants, pourris, violents, dégénérés jusqu’à la moelle et rendus intouchables par leur fonction. Mais également les quelques riches propriétaires terriens, imbuvables, pleins de morgue, et finalement ceux que l’on va suivre, Hansen et le petit Milo qui va se former peu à peu, et découvrir le plaisir de tuer en toute impunité.

Certes, ce n’est pas un roman aimable, non on ne saura pas vraiment qui a tué les parents de Milo ni pourquoi, mais on reste marqué par ce roman étonnant, à l’écriture superbe, et certaines scènes resteront gravées dans vos mémoires.

Miguel Angel Molfino / Monstres à l’état pur (Montruos perfectos, 2010), Ombres Noires (2013), traduit de l’espagnol (Argentine) par Christilla Vasserot.

2 réflexions au sujet de « Des monstres à l’état pur. »

  1. Françoise

    Très beau en effet, et très fort. Mais il m’a laissé un fort sentiment de malaise, sans doute parce qu’il est impossible d’entrer en empathie avec qui que ce soit : même s’ils ont de bonnes raisons d’être dégénérés, ça n’excuse pas, par exemple, de fracasse la tête d’un chien. Seule raison, je crois, pour laquelle je déteste Miro dès les premières pages… Quant aux autres, n’en parlons pas, il les a gratinés, ses personnages, Molfino (Lucrecia, tu parles d’une femme fatale !).
    Cela dit, très belle écriture, un souffle certain : juste que ça donne envie de lire quelque chose qui sorte de ce désespoir absolu, juste après…

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