Ken Bruen, Sur ta tombe

Je ne sais pas si vous vous en êtes aperçu, mais je suis un inconditionnel de Ken Bruen et de Jack Taylor. Il paraît qu’il y en a des moins réussis que d’autres. Peut-être. Moi je les adore tous. Et cela vaut pour le dernier : Sur ta tombe.

BruenLa crise et l’hiver frappent l’Irlande. Dans un climat de débandade, le père Malachy, le fléau de Jack Taylor est tabassé à mort et se retrouve dans le coma à l’hôpital. Voilà qui ne plait guère à notre Jack : c’est lui qui doit régler son compte au curé acariâtre, c’est son affreux à lui, pas question que d’autres le lui piquent. Dans le même temps il est contacté par un autre prêtre, genre opus dei, costar sur mesure et dents blanches, pour retrouver un frère qui s’est fait la malle avec la caisse. Pour arranger le tout une bande de malfaisants semble l’avoir pris pour cible, et il est amoureux !

Qu’est-ce qu’ils ont ces irlandais ? Qu’est qui leur donne ce ton, cette façon d’arriver à nous faire sourire et espérer en la vie et en l’être humain au moment même où ils nous racontent les pires horreurs, où ils nous dépeignent les situations les plus déprimantes ? C’est le Jameson ? La Guinness ?

Parce qu’une fois de plus l’Irlande de Jack va mal, très mal : une église qui ne se remet pas en cause après les multiples scandales qui la touchent (allant de la découverte des conditions atroces dans orphelinats cathos aux différentes affaires de pédophilie) ; un boom économique passé qui n’a laissé que des ruines et la présence étouffante du clinquant du plus mauvais goût ; une population qui retrouve la pauvreté, avec les frustrations et les haines qui accompagnent la chute ; une high classe toujours aussi arrogante … Et ce pauvre Jack, qui boit et fume de nouveau, est amoureux sans vouloir croire à la possibilité du bonheur (il faut dire qu’il a de quoi être sceptique), qui clopine d’une jambe, entend mal des deux oreilles, et va même perdre quelques doigts …

Et pourtant, un geste un peu humain ou le sourire d’une serveuse et le voilà qui remonte la pente. Et puis il faut dire qu’il n’est pas geignard le Jack, c’est plutôt le genre à frapper en premier, à râler, à rager, et à rendre coup pour coup. Comme il le dit lui-même : « Je ne connais rien de plus jouissif que de faire chier une banque ». Et quand il s’agit de faire chier les cons, il a de la ressource notre Jack.

C’est sans doute pour tout ça que je l’adore, que j’ai adoré cet épisode (un très bon de mon point de vue), et qu’il me tarde déjà le prochain.

Ken Bruen / Sur ta tombe (Headstone, 2011), Fayard (2013), traduit de l’anglais (Irlande) par Catherine Cheval et Marie Ploux.

2 réflexions au sujet de « Ken Bruen, Sur ta tombe »

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