Suite de la trilogie de la crise de Petros Markaris

La sortie de l’excellent Liquidations à la grecque était accompagnée d’une non moins excellente nouvelle : c’était le premier d’une trilogie consacrée à la crise en Grèce. Dont voici le deuxième volume, Le justicier d’Athènes, signé du toujours jeune Petros Markaris.

MarkarisLa crise bat son plein à Athènes. Les manifestations se suivent et se ressemblent, le peuple meurt de faim, et le commissaire Charitos est le seul policier à ne rien faire : alors que tous sont pris par les manifs, même les assassins ont arrêté de bosser, pas la moindre affaire en cours. Jusqu’à ce qu’un corps soit retrouvé dans un site archéologique, empoisonné à la cigüe. Il s’avère qu’il s’agit d’un riche chirurgien, spécialiste de l’évasion fiscale, qui avait reçu, cinq jours auparavant l’ordre de payer à l’état ce qu’il lui devait sous peine d’être abattu.

Très rapidement le « Percepteur National » exécute un autre fraudeur, puis se félicite d’avoir réussi à faire rentrer 800 000 euros dans les caisses de l’état. Il n’en faut pas plus pour en faire un héros national, faire paniquer les politiques, et mettre le pauvre Charitos dans une sacré mouise, obligé d’arrêter un assassin que beaucoup voudraient comme ministre !

Je vais sans doute me répéter … Avec ce second volume de la crise Petros Markaris confirme : l’écriture et la construction ne sont pas d’une originalité folle, c’est du solide classique, c’est tout à fait dans la lignée des enquêteurs méditerranéens, comme Carvalho ou Montalbano, et c’est bon !

C’est bon parce qu’il arrive à s’attaquer à la situation grecque en en faisant ressentir la violence et la douleur, avec en particulier une ouverture qui fait vraiment mal aux tripes. Et c’est bon parce qu’il le fait en gardant un humour (grinçant mais un humour), et une énergie qui empêchent de désespérer complètement et de tomber dans la neurasthénie.

C’est bon aussi, ce justicier qui dézingue tous ces pourris. Je sais, je sais, on ne peut pas se réjouir d’un meurtre. Du moins pas en vrai. Je sais c’est mal. Mais là, c’est juste un exutoire, c’est pour de faux, et c’est bon ! Disons que ça met de meilleure humeur (même si c’est peut-être moins crédible) que de lire des récits de lynchages de roms …

Mention spéciale aussi aux apparitions télé des ministres interviewés. Ca sent le vécu, ils sont bien infects, lâches, menteurs comme on les connaît, et comme on les imagine en Grèce. Et c’est très drôle. Comme les roumégages (cherchez un peu, vous comprendrez) de Charitos et les proverbes de sa femme.

Et puis il y a les odeurs, les saveurs, les embouteillages d’Athènes, les démêlées avec sa famille, et le rappel, pas si inutile, de ce que certains ont sacrifié il n’y a pas si longtemps pour virer les militaires …

Alors voilà, faites-vous du bien le temps d’un roman, lisez Petros Markaris.

Deux petites infos pour finir : sur une thématique un peu semblable, il y a une vieille série noire qui fait du bien, ça s’appelait Tuez un salaud, et c’était signé Colonnel Durruti (tout un programme), je ne sais pas si on le trouve facilement.

Petros Markaris / Le justicier d’Athènes (Pereosi, 2012), Seuil/Policiers (2013), traduit du grec par Michel Volkovitch.

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