Ton dernier nom de guerre de Raúl Argemí

Cela faisait un moment qu’on n’avait pas de nouvelles de Raúl Argemí. Rien depuis l’excellent Patagonia Tchou-Tchou. Rivages a eu la bonne idée de traduire un roman plus ancien Ton dernier nom de guerre, que voici.

ArgemiManuel Carraspique est journaliste, et au chômage. A la suite d’un accident de voiture quelque part en Patagonie, du côté de la Cordillère, il se retrouve immobilisé à l’hôpital. A côté de lui, un grand brûlé, couvert de bandages. Il s’agirait d’un certain Marquez, indien Mapuche qui, pris d’une fureur mystique aurait tué sa femme et son enfant avant de s’immoler. Mais les policiers semblent penser que quelqu’un d’autre se cache sous cette identité et Manuel voit la possibilité d’un scoop qui relancera sa carrière moribonde. Il commence à recueillir les étranges histoires de Marquez, des histoires qui peu à peu s’assemblent en un sinistre puzzle.

Comme l’écrit l’ami Yan, il faut un tout petit peu de patience pour accepter de rentrer dans une construction en apparence complètement incohérente. Le journaliste est abruti par les médicaments, et le grand brûlé raconte des histoires qui semblent, du moins au début, totalement décorrélées les unes des autres. Mais c’est justement là un des intérêts du roman, ce qui en fait son piquant, ce jeu de construction, d’autant plus amusant que les pièces semblent provenir de puzzles différents. Rassurez-vous, à la fin, tout rentre dans l’ordre. Et l’auteur a la sagesse de resserrer son récit (150 pages) et de ne pas tirer à la ligne.

Alors certes, j’avais entrevu la solution. Ou plutôt disons que la conclusion était une des solutions que j’avais entrevues. Mais est-ce vraiment important ?

Car au-delà du plaisir de l’intrigue, Raúl Argemí revient, sans jamais être lourd, sur la période de guerre sale menée par les militaires de la junte entre 1976 et leur chute, en 1983. L’originalité, par rapport à d’autres romans de l’auteur, est de nous mettre plutôt dans la peau de personnages de tortionnaires, et non de victimes ou de résistants. Et sa force est d’avoir construit cette pourriture qui se révèle peu à peu, très convaincante, et donne de la force au récit.

L’autre force est de nous sortir de Buenos Aires, comme il l’avait fait dans le roman précédent, et de nous décrire cette Argentine du grand sud, si différente de la vie trépidante et très européanisée de la capitale.

Un plaisir de lecture, autant sur la forme que sur le fond.

Raúl Argemí / Ton dernier nom de guerre (Penúltimo nombre de guerra, 2004), Rivages/Noir (2013), traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco-Rahal.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s