Eric Maravélias, La faux soyeuse

Lors de sa venue à Toulouse à la librairie Ombres Blanches, Aurélien Masson, patron de la série noire, nous en avait longuement parlé. La faux soyeuse d’Eric Maravélias tient toutes les promesses de son éditeur.

MaraveliasFin des années 70 Franck est un petit loubard de Cachan. Il zone avec ses potes, traficote, glande, évite de rentrer à la maison où rien ne l’attend. Avec eux il traine chez Léon, le bistro où ils ont leurs habitudes, pour boire un coup, fumer et espérer entrevoir Cathy leur muse, leur fée, la fille du patron. En 1999, Franck est détruit, junkie, SIDA. L’héroïne est passée par là, l’addiction de plus en plus forte, les trafics, les coups de plus en plus minables pour se payer sa dose. Elle a abimé puis détruit le lien social qui existait. C’est maintenant chacun pour soi, des zombies trainent dans les rues, des vengeances, des coups bas, et Cathy n’est même plus là pour illuminer leur quotidien. Vingt années de descente aux enfers, jusqu’à la fin, inéluctable.

Attention, ce n’est pas drôle. Mais ce n’est pas misérabiliste non plus. On pense immédiatement à Bunker avec cette chronique de la délinquance et de la chute annoncée. Bunker la prison en moins, la dépendance terrible en plus. Avec aussi, en plus, incroyablement, quelques pages lumineuses d’un lyrisme d’autant plus frappant qu’on ne l’attend pas là.

Aucune complaisance dans ce regard, ni pour le narrateur, ni pour ses potes. Mais aucun jugement non plus, et une immense humanité dans le regard. Eric Maraviélas raconte, ne cache rien des horreurs de la drogue, rien de ce que peuvent faire des junkies en manque. Pas d’excuse, pas de justification. Juste des récits de parcours qui peuvent éclairer le lecteur (s’il le veut) sur ce qui les a amené là. Et puis ces moments magiques, qui irradient, la douceur de l’air, une chevelure au soleil, des potes retrouvés … Qui rendent d’autant plus sombres les ténèbres qui ne peuvent manquer de suivre.

C’est très dur, le final est quasiment insupportable, et pourtant c’est aussi très beau, et très émouvant. Une vraie découverte de la série noire.

Pour la petite histoire, et pour fermer un peu le bec de ceux qui clament partout qu’il faut faire partie d’un certain milieux pour être éditer et que tout n’est qu’histoire de copains, de coucheries, ou de retours d’ascenseurs … Le manuscrit de La faux soyeuse est arrivé chez Gallimard par la poste, l’auteur était inconnu … Et vous l’avez dans les mains.

Eric Maravélias / La faux soyeuse, Série Noire (2014).

3 réflexions au sujet de « Eric Maravélias, La faux soyeuse »

  1. Regis

    Un vrai grand polar , u vrai roman noir, j’ai pensé aussi à Robin Cook.
    Et l’auteur est aussi un poète…
    Je peux même te dire où on peut trouver ces oeuvres…

    Répondre

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