Iain banks, Enfers virtuels

2013 a malheureusement vu la disparition d’un géant de la Science Fiction, un auteur qui a sans le moindre doute renouvelé un genre pas toujours heureux, le space opera, avec sa série articulée autour de l’univers de la Culture. Il s’agit bien entendu du regretté Iain M. Banks, dont Les enfers virtuels est sorti en poche en 2013.

BanksLa Galaxie est vaste, les espèces que l’on y trouve variées et pas toujours très recommandables. Il semble pourtant plus ou moins admis un peu partout, et très particulièrement au sein de la Culture que la torture est une pratique barbare et inutile. Cela n’empêche pas certaines sociétés en mal de châtiments d’avoir inventé des Enfers Virtuels où les avatars des mauvais sujets sont virtuellement torturés pour l’éternité numérique. Un tel modèle a bien entendu généré ses anti-Enfers. Et une guerre, virtuelle, a éclaté entre les antis et les pros. Une guerre qui tourne à l’avantage des pros … Mais les antis semblent alors décidés à déplacer la guerre dans le Réel. Ce qui déplait à beaucoup de monde, et plus particulièrement à la Culture.

La série concernant la Culture est vraiment unique. Je ne suis pas un spécialiste de SF, loin s’en faut, mais je ne vois aucune autre œuvre d’une telle ampleur, qui soit à la fois aussi cohérente et aussi variée. Une fois de plus, on retrouve tous les éléments familiers de cet univers, tout en découvrant complètement un autre monde.

L’autre monde, cette fois, est celui des mondes virtuels, et de cet enfer digne des pires tableaux de Bosch (qui doivent bien avoir inspiré l’auteur). La force de Banks, une fois de plus, est d’arriver à nous parler de notre monde à nous, au travers d’un univers qui semble si lointain. Car quoi de plus actuel que ses digressions absolument délicieuses d’ironie et de lucidité sur le besoin de divin et de châtiment ? Quoi de plus actuel que son personnage de magnat richissime arrogant, puant, uniquement préoccupé par son fric, sa puissance, son ascendance sur les autres, sa possibilité de tout acheter, tout soumettre à ses désirs … Quoi de plus jouissif que le confronter ici à des représentants de la Culture qui, sans être des anges, loin s’en faut, mettent en lumière la puérilité de cette accumulation de richesse dans leur monde à eux qui a dépassé le besoin d’acquérir ?

Tout cela est déjà fort bon. Mais c’est encore meilleur quand on retrouve les vaisseaux et leurs Mentaux aux noms so british, c’est encore meilleur quand on retrouve l’humour si fin de Banks, c’est encore meilleur quand on croise ses personnages, si excentriques, si aliens, et pourtant si humains … Avec cette fois une palme pour un vaisseau et son Intelligence Artificielle appartenant à la branche de la Culture qui intervient, avec rapidité et efficacité, quand la diplomatie ne suffit plus. Ce vaisseau, catégorie Abominator (et répondant au doux nom de « En Dehors Des Contraintes Morales Habituelles ») est d’une méchanceté, d’un cynisme et d’une efficacité qui en font un des personnages les plus marquants de tout le cycle !

Un bon cru donc, dans une série très très au-dessus du panier, qui vous fera voyager pendant plus de 800 pages sans jamais vous ennuyer.

Iain M. Banks / Les enfers virtuels (Surface detail, 2010), Le livre de poche/Science Fiction (2013), traduit de l’anglais (Ecosse) par Patrick Dusoulier.

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