Zarbi de Cathi Unsworth

Cathi Unsworth n’est plus une inconnue chez nous. J’avais beaucoup aimé ses deux premiers romans traduits, avec une mention spéciale pour Le chanteur, un peu moins le dernier, Bad Penny Blues, elle revient et quitte Londres dans Zarbi. Superbe.

UnsworthErnemouth, petite ville du Norfolk. Ses plages, son parc d’attraction, son chef de la police … En 1984 toute une bande d’ados plus ou moins mal dans leur peau y vivent, vont au lycée, se rebellent, se font des crasses. La routine. Peut-être un poil plus perverse qu’ailleurs. Corrine Woodrow est zarbi, se démarque, se fait remarquer ; il faut dire que sa mère fait la pute. Samantha arrive de Londres avec sa mère, récemment divorcée, elle revient chez ses grands-parents propriétaires du parc … Samantha est belle, sympa, propre sur elle. Mais Samantha joue un drôle de jeu. Jusqu’à ce qu’on retrouve Corinne dans un bunker sur la plage, couverte de sang auprès d’un cadavre mutilé et d’un pentagramme peint avec le sang de la victime. Corinne avoue et est enfermée.

Vingt ans plus tard, des analyses ADN montrent que Corinne n’était pas seule sur place. Engagé par une avocate, Sean Ward, ancien flic devenu privé reprend l’enquête pour essayer de trouver qui était avec elle. Au risque de faire remonter à la surface des odeurs bien nauséabondes.

Trois choses frappent d’emblée dans ce roman.

La construction, classique dans ses allers retours entre les deux époques, mais diablement efficace, et particulièrement habile à faire monter le suspense en parallèle. La pression monte de chapitre en chapitre, le mystère du passé semble s’épaissir au fur et à mesure que les enquêteurs de 2004 commencent à sentir le roussi. Magistralement orchestré !

La finesse et la justesse des portraits. Que ce soit les ados de 1984, parfaitement rendus dans leur malaise dans l’atmosphère étouffante d’une petite ville mais aussi dans leurs goûts musicaux leurs moments de joie et leurs drames ; ou les adultes qui, vingt ans plus tard, survivent tous avec leurs plaies et leurs fantômes. Tous sont complexes, personne n’est complètement blanc, peu sont complètement noirs.

Et enfin la puissance de la description de cette petite ville, étouffante, corrompue jusqu’à la moelle, tenue par quelques pourris particulièrement réussis. A ce titre, Len, le grand flic, est à la hauteur, dans l’horreur, des personnages les plus terrifiants du grand James Ellroy. Et ce n’est pas peu dire.

Avec Zarbi, Cathi Unsworth quitte les milieux artistiques londoniens pour venir s’intéresser à cette petite ville très provinciale et à ses habitants « comme tout le monde ». Elle le fait magistralement. Il serait dommage de passer à côté de ce roman qui prouve, une fois de plus, que le roman noir anglais se porte vraiment très bien.

Cathi Unsworth / Zarbi (Weirdo, 2012), Rivages/Thriller (2014), traduit de l’anglais par Karine Lalechère.

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