Le retour de Spero Lucas

Dans Le double portrait, George Pelecanos reprend le personnage de Spero Lucas apparu dans Une balade dans la nuit. Et ça marche, la série prend corps. 

PelecanosSpero Lucas, ancien de la guerre d’Irak, n’a pas repris ses études. En rentrant, il s’est établi comme privé. Quand il ne travaille par pour un avocat, il s’est spécialisé, en marge de la loi, dans la récupération d’objets volés, contre 40 % de leur valeur. Alors que l’enquête sur les éventuelles zones d’ombre sur un meurtre ne l’occupe pas trop, il accepte de rechercher pour Grace Kinkaid le tableau qui lui a été volé par un ancien amant qui s’est révélé être un prédateur sexuel. Spero est méthodique et doué dans son travail, il retrouve vite le voleur qui s’est associé avec deux autres truands. Reste maintenant à récupérer le tableau sans faire trop de casse … Ou pas.

Je suis d’accord avec l’ami Yan, les quelques chapitres consacrés à la « romance » de Spero ne sont pas ce qu’il y a de plus inoubliable dans l’œuvre de George Pelecanos.

But, et comme disait je ne sais qui, « everything before but is bullshit », mais donc, je suis beaucoup moins sévère que lui et je trouve que la série prend corps.

Dans son style caractéristique, à plat, sans effet revendiqué, avec une écriture qui semble très neutre et très naturelle (ce qui relève au moins de l’artisanat de très haute volée), Pelecanos poursuit sa chronique de Washington. Il reste le témoin de son évolution, du changement des quartiers, des mentalités, de l’arrivée des vétérans des nouvelles guerres, de l’installation de nouveaux arrivants, de l’intégration d’autres …

Et ceci sans jamais sembler faire autre chose que raconter des histoires, au travers de personnages qui prennent corps et chair. A ce titre Spero Lucas est vraiment intéressant avec ses zones d’ombres, son refus de reconnaître ses traumatismes, sa violence assumée.

Comme avec le 87° district de McBain, je suis persuadé que les historiens auront dans l’œuvre de Pelecanos autant, sinon plus de matière pour comprendre notre époque à Washington que dans les archives des journaux ou dans les études universitaires. Et ce sera certainement beaucoup plus agréable à lire.

George Pelecanos / Le double portrait (The double, 2013), Calmann-lévy (2014), traduit de l’américain par Mireille Vignol.

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