Jérôme Leroy tourne autour du Bloc

On n’avait plus de nouvelles depuis Le bloc. Jérôme Leroy est de retour avec L’ange gardien.

Leroy-ange-gardienBerthet est un tueur. Un tueur au service de l’état. Plus ou moins. Berthet appartient à l’Unité, groupe indépendant de toute hiérarchie policière ou militaire connue. Berthet vieillit. Proche de la soixantaine il commence à se demander quand et comment l’Unité va se débarrasser de lui. Parce que la retraite n’est pas prévue à l’Unité.

La vie de Martin Joubert, la cinquantaine, le déprime. Ancien professeur de français en ZEP, écrivain au succès très moyen, dépressif, accro au bon vin et aux médocs. Comme son couple, la vie de Martin Joubert est sérieusement en train de sombrer.

Kadiartou Diop est noire, belle, et ministre. Depuis le quartier pourri où elle a grandi à Roubaix elle s’est hissée jusque-là, non sans se faire des ennemis en face, chez les bas de fronts du Bloc Identitaire, mais aussi, et surtout, dans son propre parti. Un parti qui joue le grand cirque médiatique pour se relancer et la présente aux élections municipales dans une ville de province, face à Agnès Dorgelles, la très médiatique présidente du Bloc.

Depuis des années, sans qu’elle s’en doute, Berthet protège Kadiartou, en secret, et contre l’avis de l’Unité. Dans cette élection il voit un piège, potentiellement mortel. Qu’il lui faudra déjouer, avec l’aide de Joubert, qui ne le sait pas encore.

Ceux qui ont lu Le bloc (et ceux qui ne l’ont pas fait devraient s’y mettre sans tarder) auront reconnu le contexte politique. Montée du Bloc, omniprésence médiatique de sa présidente … On est en terrain connu, mais le point de vue a changé. Nous ne sommes plus à l’intérieur de la bête, nous l’observons de l’extérieur, elle et les conditions qui vont l’amener au pouvoir.

Ce n’est pas la seule raison pour laquelle les lecteurs de Jérôme Leroy sont en terrain connu. Comme toujours, il met beaucoup de lui dans ses personnages. Berthet et Joubert partagent certains de ses goûts (littéraires, œnologiques, politiques, géographiques …) et de ses dégoûts (pour le monde connecté d’aujourd’hui, l’eau tiède, les courageux derrière leur écran …). Ils partagent certains traits de caractères, des expériences de vie. Au lecteur de démêler le réel de l’imaginaire.

On retrouve aussi l’indulgence coupable de l’auteur envers les femmes politiques, de quelque bord qu’elles soient (il leur trouve toujours quelque chose … A part peut-être Madame Thatcher ?). On retrouve son goût du panache et de la défaite seul contre tous (pas très marxiste ça, mais très fajardien …), son goût de la provocation et le masochisme assumé qui le fait aller provoquer les cons sur leur terrain.

Tout cela fait que ceux qui aiment déjà sa prose retrouveront avec un très grand plaisir son écriture, son univers, sa façon de jouer entre romantisme et provocation, son plaisir à brouiller les pistes et les frontières. Pour eux, il suffirait de dire qu’un nouveau Jérôme Leroy est paru, le reste est superflu.

Pour ceux qui ne connaissent pas, on peut ajouter que la construction à trois voix est impeccable. Que la double énigme : Comment cela va-t-il mal se terminer ? Et pourquoi donc Berthet protège-t-il Kadiartou ? Est subtilement et efficacement tressée et que le suspense est maintenu jusqu’aux dernières pages. Qu’il y a de très beaux et très sensuels portraits de femmes. De magnifiques pages sur Lisbonne, que les scènes de castagne sont très réussies. Que le portrait de notre pays, pour pessimiste qu’il soit, est juste.

Et que malgré tout, en indécrottable militant communiste romantique (et balnéaire), jusqu’au bout, il croit à la possibilité de sauver quelque chose.

Convaincus ?

Jérôme Leroy / L’ange gardien, Série Noire (2014).

12 réflexions au sujet de « Jérôme Leroy tourne autour du Bloc »

  1. Pierre FAVEROLLE

    Salut Jean Marc, j’avais lu Le bloc (suite à ton billet) et je n’avais pas aimé. Malgré tout, je ne reste pas sur une mauvaise impression, alors je vais peut-être me laisser tenter. Ce qui m’avait déplu sur Le Bloc ? De ce que je me rappelle, un très très bon début mais j’ai trouvé qu’ensuite ça s’essoufflait. Enfin, ce n’est que mon avis. Amitiés

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  2. christophe

    Un excellent livre, as usual, de Jérôme Leroy, qui donne envie de relire Le Bloc (sacré Stanko) mais, petit bémol quand même « Comme toujours, il met beaucoup de lui dans ses personnages. Berthet et Joubert partagent certains de ses goûts (littéraires, œnologiques, politiques, géographiques …) et de ses dégoûts (pour le monde connecté d’aujourd’hui, l’eau tiède, les courageux derrière leur écran …) “ et ce sentiment de déjà lu est un peu lassant parfois…

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Je vais essayer pour Sara, mais je suis noyé sous les bouquins à lire pour les rencontres de septembre-octobre, donc pas tout de suite.
      Et si vous devez continuer votre bagarre de cour d’école, ailleurs qu’ici please …

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  3. lamf

    y a jamais eu de bagarres,, chez toi, sauf avec Marignac de mémoire, et là il ne peut y avoir de fight, vu que j’en dis du bien
    zen, jean marc, tu n’auras pas à nous faire copier cent fois « il est interdit de voter tant que le vote blanc n’est pas comptabilisé et utilisé » ^^

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Je suis zen, surtout quand approche l’heure de l’apéro …
      Y a eu quelques bagarre, mais je modère, donc je maîtrise ce qui s’écrit, et je vire.
      Après tout, je suis chez moi.
      Et avec « copier-coller » c’est trop facile de copier cent fois …

      Répondre

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