Petit retour sur la rencontre avec Leonardo Padura

Je pourrais reprendre ici, mot pour mot, ma première impression d’il y a quelques années, quand j’avais animé la rencontre à propos de L’homme qui aimait les chiens. Comme ses collègues hispanos, Leonardo Padura est un conteur extraordinaire. Dès la première phrase il tient l’auditoire sous son charme. Et normalement, pas la peine de prévoir trop de questions …

Mais là on a battu les records. Une question, posée à 20h00 pile, début de la rencontre, et dont la réponse nous a occupé jusqu’à … 20h40 ! Le moment était venu de passer la parole au public très nombreux. Animateurs, si vous rencontrez Leonardo Padura, pas de panique, lancez la machine, et ensuite ce n’est que du bonheur.

Tout y est passé :

L’histoire de ce bateau avec 937 juifs allemands à bord, victimes de la corruption cubaine et de la politique extérieure nord-américaine.

La honte que représente cet épisode dans un pays qui n’a pas connu d’antisémitisme, et où la communauté juive vivait en parfaite harmonie avec le reste de la population.

L’histoire des premiers juifs ayant émigrés aux US juste après la révolution cubaine.

L’apport de Rembrandt à la peinture.

L’état actuel de la société cubaine, son évolution, le peu d’espoir qu’elle offre aux jeunes, et en particulier aux jeunes les mieux formés.

L’incompréhension de l’auteur, incarné par Mario Conde face au Cuba d’aujourd’hui, et en particulier face à sa jeunesse.

Son fil conducteur, la thématique qui court tout le long du roman : la liberté d’un individu face à sa communauté, une liberté pas uniquement politique, mais aussi sociale ou religieuse.

Comment il a eu l’idée du tableau peint par Rembrandt pour servir de prétexte.

Comment il a adapté son écriture aux différentes époques du roman.

Tout cela peut sembler très sérieux, voire austère, mais parce que c’est un magnifique conteur, et parce qu’il aime les gens et ne perd jamais son sens de l’humour, on a aussi beaucoup rit. En parlant des repas dans les romans de Conde par exemple : dans les pires années de crise, les années 90, quand la chute du mur a laissé Cuba seul face au blocus américain, finalement les cubains n’avaient que trois vrais problèmes nous dit-il : « le petit déjeuner, le déjeuner et le diner ».

Plus d’une heure de rencontre, suivie d’une bonne demi-heure de signatures qui a permis aux gens de prolonger la discussion avec lui.

Un grand monsieur, et un Caballero qui a rendu un hommage appuyé (et mérité) à sa traductrice (et lectrice très critique) présente dans la salle.

Un excellent moment.

Prochaine rencontre à Ombres Blanches pour moi : mardi 30 septembre à 18h00 avec Aro Sainz de la Masa autour du bourreau de Gaudi.

10 réflexions au sujet de « Petit retour sur la rencontre avec Leonardo Padura »

    1. actudunoir Auteur de l’article

      Je vais essayer de la faire courte …
      C’est le confluence de plusieurs choses :
      Il voulait parler de moment où les juifs pensaient avoir trouvé ce qu’il appelle « le paradis sur terre », des époques et endroits où ils étaient totalement libres et intégrés, et montrer que, même dans ces moments là, un individu peut avoir des problèmes avec sa communautés.
      D’où Cuba dans les années trente et Amsterdam au XVII° siècle.
      ET Amsterdam du XVII c’est Rembrandt qui l’intéressait car c’est le premier peintre à représenter l’humain dans toute sa réalité et son humanité dans ses tableaux. Même dans les tableaux représentant le Christ. D’où le portrait de ce jeune juif servant de modèle, l’histoire de ses problèmes car il voulait peindre et que c’était considéré comme une hérésie par la religion juive de l’époque, et le tableau comme élément matériel faisant le lien entre toutes ses histoires.

      Répondre

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