Pour jouer à se faire peur

J’avais vu passer l’avis de création de cette nouvelle maison d’édition, Super 8, émanation, si je ne m’abuse de Sonatine sous la supervision de Fabrice Colin. Leur crédo : « Qu’est-ce qu’on fait ? On se risque sur le bizarre ? ». Du coup, moi aussi je me risque, avec Chambre 507, de J. C. Hutchins et Jordan Weisman.

Hutchins-chambre-507Zachary Taylor travaille dans une des antichambres de l’enfer, l’hôpital Brinkvale, à New York, où sont enfermés et traités les criminels irrécupérables et trop atteints ou dangereux pour rester dans une prison classique. Zachary est art-thérapeute et prend très à cœur sa mission : Essayer de leur apporter, par l’art, un tout petit peu de soulagement. Et Zachary est très bon dans ce qu’il fait. C’est pourquoi il se voit confier le cas de Martin Grace, aveugle depuis deux ans, accusé d’une douzaine de crimes plus atroces les uns que les autres. Dans la chambre 507, la confrontation entre les deux hommes fait ressortir les pires cauchemars de Zachary … Et s’il y avait autre chose derrière Martin Grace ?

Pour faire bref : Ce n’est pas le genre de bouquin que je lirais tous les jours, mais je me suis bien marré. Enfin marré … Disons que si le but est de faire vraiment peur, c’est raté. Je suis assez peu directement sensible au fantastique. Par contre j’adore quand quelqu’un en maîtrise parfaitement les différents artifices. Et donc je peux jouer à faire semblant d’avoir peur, visualiser les scènes, entendre la petite musique crispante, voir la tâche d’ombre qui s’étend lentement … Quand c’est bien fait comme ici, je trouve que c’est assez jubilatoire.

Les personnages sont vraiment réussis, suffisamment hors normes pour donner du piquant, suffisamment complexes et fragiles pour ne pas avoir à faire à des super héros mais à des êtres humains qui tremblent, souffrent, rient … et nous embarquent dans leur histoire.

L’histoire est pour moi parfaitement maitrisée, avec ce qu’il faut de coups de théâtres, de montées du suspense, d’emballements et de moment plus calmes. Certes la fin très ouverte pourra en agacer certains, mais j’aime bien ça, ce doute final : folie ou fantastique ? Je n’en dirai pas plus, mais ça me fait un peu penser à la façon dont John Connolly arrive à utiliser le fantastique de façon subtile sans jamais en faire une solution de facilité.

Et puis, cette fin très ouverte laisse la place éventuelle à une suite. Et ça aussi c’est pas mal.

Un vrai bon divertissement de qualité !

J. C. Hutchins et Jordan Weisman / Chambre 507 (Personal effects : Dark art, 2009), Super 8 éditions (2014), traduit de l’anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec.

8 réflexions au sujet de « Pour jouer à se faire peur »

  1. Norbert

    Ce roman remonte dans mon estime. Il m’avait intrigué à sa parution, semblait pas mal, puis j’étais tombé sur une chronique pas terrible donc j’avais laissé tomber. Et puis c’est vrai qu’il y a eu pas mal de bonne came parue depuis la rentrée (ne surtout pas rater « À mains nues » de Paola Barbato, prix Scerbanenco 2008, chez Denoël dans leur coll. Sueurs froides, ni « Grossir le ciel » de Franck Bouysse à La Manufacture de Livres !)…
    Alors du coup je note, merci encore à toi !

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      J’ai bien ces deux romans dans la pile, avec le Rankin, le Pirozzi, le Harvey, le Stalh, le Thorarinsson et quelques autres … Et je lis en ce moment … le Tim Gautreaux !

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  2. Norbert

    Enfin ! Pas « Le dernier Arbre » j’imagine, mais le dernier paru, « Nos Disparus » ? J’ai beaucoup aimé aussi celui-là, même si je garde une préférence pour le premier (plus sombre et plus violent, mais ce qui n’enlève rien aux grandes qualités du dernier !).
    Alors ?! Tes premières impressions, Jean-Marc ?

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Nos disparus effectivement.
      J’apprécie l’ampleur de la fresque, mais je crois que j’aurais aimé un récit avec un peu plus de tripes, plus près des gens … Mais j’attends d’arriver au bout pour me faire un avis définitif.

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  3. Norbert

    Je ne sais pas à quelle page tu en es mais ça va arriver, petit à petit. Toutefois, ce que tu dis définit exactement « Le Dernier Arbre », un peu plus court, plus sombre et violent comme je t’ai dit mais aussi, comme tu le dis, plus proches des personnages, de leurs fêlures, d’autant plus que tout se passe du début à la fin dans une scierie de la même époque perdue dans le trou du cul des bayous et isolée de tout, avec une atmosphère humide et étouffante, saturée de moustiques, de mouches, de crocodiles, et dans laquelle sont confinés, chacun dans leurs quartiers respectifs, des bataillons d’ouvriers blancs et noirs, avec pour seule autorité une espèce de délégué du shérif revenu traumatisé de la 1ere GM, et que son frère cadet vient rejoindre sous l’impulsion de leur père, riche exploitant de bois, pour tenter de le persuader de revenir « à la maison », et finalement pour prendre la direction de l’usine puisque le mec ne veut pas bouger. Seule distraction pour les ouvriers : un vieux tripot qui appartient à un Sicilien, seul endroit « privatisé » au milieu des bâtiments pour les cuisines et autres activités, où l’alcool coule à flots le soir, dégénérant systématiquement en bagarres monstrueuses d’où surgissent des coupe-choux ou des rasoirs et où l’adjoint du shérif n’hésite pas à flinguer un ou deux mecs pour tenter de remettre u peu d’ordre… Forcément, le frère cadet n’a jamais vu ça, tente de s’interposer, quand il n’essaie pas de communiquer avec son aîné. Bref, bien d’autres choses se déroulent après, je plante juste le décor, mais c’est vraiment excellent.

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      1. lamf

        pareil, mais je finis le dernier des éditions super 8 c’est génial… et « John meurt à la fin »
        et j’attaque spinrad
        les éditions super8 donnent un sérieux coup de pied…cool
        Mais je reste toujours attaché aux indépendants que je privilégie, MNemos, la manufacture, et asphalte et d’autres
        bon le sthal est une tuerie, tu va sire comme un dingue, gatreaux toujours pas lu

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