Bienvenue chez Gus des Cévennes.

Après Nicolas Mathieu, Frank Bouysse nous entraîne à son tour dans un coin perdu de notre beau pays. Bienvenue dans les Cévennes de Grossir le ciel.

Bouysse-grossirlecielLes Doges, lieu dit perdu quelque part au milieu des Cévennes. Gus s’y occupe de sa ferme et de ses bêtes avec l’aide de son chien Mars. Mis à part un voyage par semaine au village, il ne parle avec personne, sauf parfois avec Abel de la ferme d’à côté. Des discutions le plus souvent très pratiques : les deux hommes s’entraident quand c’est absolument nécessaire, et prennent une cuite chez l’un ou chez l’autre, quand la solitude se fait trop lourde. Tout semble figé à jamais, jusqu’à ce matin d’hiver où Gus entend des cris et des coups de feu chez Abel …

Assiste-t-on à la naissance (ou renaissance) d’une littérature noire des grands espaces en France ? C’est vrai que depuis la disparition de Pierre Magnan, à quelques très rares exceptions, le polar français s’était peu intéressé à la campagne. Et encore moins à la vie de travailleurs manuels confrontés à une nature belle mais potentiellement meurtrière. De telles thématiques semblaient l’apanage des américains et de leurs écrivains des grands espaces.

Frank Bouysse que je découvre avec ce roman montre donc, après Nicolas Mathieu, que les français aussi savent prendre la nature à bras le corps.

Superbe description de ce coin perdu, de sa beauté mais aussi de sa dureté. Une dureté qui façonne les personnages, avec ici deux portraits extraordinaires.

Abel, et surtout Gus, dont il dépeint magnifiquement la solitude, le travail quotidien, les joies et les souffrances. Comme il décrit magnifiquement la montée de la méfiance et de la folie. Deux personnages rugueux, durs, rendus dans leur complexité, jamais idéalisés, jamais plaints, capables de grandeur, d’humour mais aussi de méchanceté, de bêtise et de violence.

L’écriture est au diapason, parfois lyrique, souvent sèche et aussi rugueuse que le climat, la vie isolée et le rouge que boivent les deux hommes.

Une superbe découverte de cette fin d’année. Belle interview chez les Unwalkers.

Frank Bouysse / Grossir le ciel, La manufacture des livres (2014).

6 réflexions au sujet de « Bienvenue chez Gus des Cévennes. »

  1. VIDAL

    Je ne l’ai pas encore lu mais je l’ai déjà, et dédicacé en plus. J’ai lu le précédent, « Pur sang » et j’ai adoré. Un joyau de beauté d’écriture et de langue. Ce diable de Franck Bouysse possède une sacrée plume. Si tu veux voir ma critique, bienvenu sur mon blog « Le souffle des mots », sebastienvidal.centerblog.net

    Répondre
  2. lectriceencampagne

    sur la pile : je connais assez bien les Cévennes, je les aime, et les gens qui y vivent ressemblent – comme c’est souvent le cas – à leurs paysages. Je ne connais pas encore cet auteur, alors…merci de partager

    Répondre

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