Cocaïne

Trois plumes italiennes réunies autour d’un des trafics les plus juteux qui soit : Celui de la cocaïne. Trois nouvelles de Massimo Carlotto, Gianrico Carofiglio et Giancarlo De Cataldo.

CocainaLa piste de Campagna de Massimo Carlotto nous plonge au cœur du trafic tout en restant à Padoue, ville bien connue de l’auteur. Campagna est flic aux stups. Un flic pas très bien vu de sa hiérarchie, mais efficace. Un flic qui protège ses informateurs, et surtout un ami d’enfance, ancien ouvrier devenu un petit dealer qui fournit essentiellement les prolos qui consomment pour tenir le coup. Soupçonné de corruption Campagna va être obligé de monter un gros coup pour attraper les commanditaires.

Sans surprise pour ceux qui le connaissent, la nouvelle de Carlotto est la plus politique des trois, celle qui replace le trafic et la consommation dans un contexte de luttes sociales, ou plus précisément un contexte où les perdants ont abandonné la lutte. Tout cela sans jamais sacrifier l’efficacité de la narration, une vraie réussite.

La vitesse de l’ange de Gianrico Carofiglio est la nouvelle la plus statique et intimiste. Un écrivain vient tous les soirs s’installer à la terrasse d’un café en bord de mer pour faire avancer son roman. C’est là qu’il se lie d’une amitié distante avec Sara, une femme athlétique qui vient là, faire des listes. Sara commence à lui raconter sa vie, la vie d’une ancienne chef des stups.

De mon point de vue c’est la nouvelle la plus faible. Pas inintéressante, bien écrite, mais un peu lente et manquant de substance, surtout quand on la compare aux deux autres. Une histoire d’amour, bien racontée dans laquelle, finalement, le lien avec la cocaïne est presque anecdotique.

Bal poudré de Giancarlo De Cataldo clôt le recueil. On commence quelque part en Amérique du Sud dans une plantation de coca, entre truands locaux, représentants des cartels mexicains et envoyés italiens de la mafia calabraise. On continue en Italie, à l’arrivée de la marchandise, et surtout là où se préparent les montages financiers qui permettent de planquer et de blanchir les monstrueuses sommes d’argent que génère le trafic.

Sans surprise, comme pour la première nouvelle, on retrouve le style et les thématiques de De Cataldo : Une écriture très efficace, sèche et sans fioritures et la description des mécanismes complexes qui régissent aujourd’hui les trafics et les magouilles autour des mouvements de fonds (que ce soit pour blanchir de l’argent sale ou pour planquer de l’argent). Efficacité, bonne narration, une histoire complexe rendue très accessible par l’écriture. Du bon De Cataldo.

Comme il est difficile de lire en France des nouvelles de ces trois auteurs, on ne peut que saluer cette initiative de Fleuve Noir, à qui on devait déjà une autre excellente initiative, celle de publier trois autres nouvelles sur le thème des juges. A suivre donc ?

Massimo Carlotto, Gianrico Carofiglio et Giancarlo De Cataldo / Cocaina (Cocaina, 2012), Fleuve Noir (2014), traduit de l’italien par Jean Justo Ramon.

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