Nola, nouveau personnage de la Nouvelle-Orléans

Une petite nouvelle à la série noire. Chouette ! C’est Après le déluge de Joy Castro.

Castro-delugeDepuis la loi Megan, les délinquants sexuels sont fichés aux US. Premier problème, le fichage va, sans distinction, de l’exhibitionniste au pédophile, du jeune de 19 ans ayant eu une relation avec sa copine de 17 ans au violeur en série, en passant par le gars bourré qui a pissé contre le mur d’une école. Deuxième problème, lors du passage de Katrina en 2005, 1300 délinquants sexuels ont été éparpillés dans la nature, seuls 800 ont été retrouvés.

C’est le sujet que Nola Cespedes, jeune femme d’origine cubaine élevée dans un quartier pourri de la ville par une mère célibataire, se voit confier par le Times Picayune. Alors, même si la perspective d’aller interviewer des violeurs, des pédophiles et des victimes n’est pas réjouissante, c’est l’occasion à saisir pour quitter les articles sur les nouvelles boites de nuit ou les circuits touristiques auxquels elle est pour l’instant cantonnée.

Dans le même temps, une jeune femme est enlevée en plein jour dans un bar de la ville. C’est la troisième en peu de temps, les deux premières ayant été retrouvées violées, mutilées et assassinées.

Je ne vais pas vous dire qu’on découvre là une voix éblouissante, ni que c’est le polar qui révolutionne le genre. Certains trouveront sans doute ce premier roman « trop sage », les amateurs d’action débridée lui reprocheront sans doute son didactisme ou son côté journalistique.

C’est vrai, qu’à de nombreuses reprises l’auteur utilise son personnage pour fournir pas mal d’informations sur Katrina et ses suites, sur l’histoire de la Louisiane et plus précisément de la Nouvelle-Orléans, sur la sociologie de la ville, sur les injustices passées et présentes …

So what ? C’est bien fait, suffisamment bien amené et bien écrit pour ne pas être indigeste, et pour ma part, même si je préfère le lyrisme, la poésie et la puissance du grand James Lee Burke, j’ai beaucoup aimé ce premier roman. Justement parce que j’ai appris beaucoup de choses, et de façon agréable.

Et il y a Nola. Boule de nerfs, sans cesse mal embouchée, sans cesse sous pression pour gagner sa place au soleil, complexée, enragée mais essayant de garder sa rage sous contrôle pour être acceptée par cette frange de la société aisée à laquelle elle aspire. Une Nola qui parfois explose, quand trop de vapeur c’est accumulée. J’espère bien la revoir prochainement, je suis certain qu’elle va évoluer, comme va évoluer le talent de sa créatrice.

Et puis la fin m’a bien pris à contrepied, et a ajouté de façon fort bienvenue de l’émotion et une touche plus polar à ce qui s’apparentait à une chronique. Finalement, une lecture très recommandable.

Joy Castro / Après le déluge (Hell or high water, 2012), Série Noire (2014), traduit de l’anglais (USA) par Isabelle Maillet.

16 réflexions au sujet de « Nola, nouveau personnage de la Nouvelle-Orléans »

  1. Raymond Delley

    Bonjour,
    Une question à propos de la Série Noire. Chacun sait combien la série noire du brave Marcel Duhamel a fait de tort aux auteurs américains en les traduisant, mieux, en les massacrant sans scrupules : coupures, adaptations, résumés. On répond souvent à cela que la série noire a tout de même le mérite d’avoir fait connaître ces auteurs au public francophone. Oui, je veux bien, mais en même temps elle a contribué à maintenir tous ces romans dans un statut de « sous-littérature » dont il ne sont pas encore revenus aujourd’hui. Ils en reviennent d’autant moins que les rééditions des classiques (1275 âmes de Jim Thompson, par exemple) chez Gallimard continuent à proposer la traduction tronquée et bâtardes des années 70 ou 80 ! Et pour mesurer les dégâts, il suffit de comparer la manière dont les auteurs de polars sont considérés aux USA et celle dont ils sont méprisés en France. J’en viens donc à ma question : qu’en est-il des traductions des romans d’aujourd’hui dans la série noire, de celui de Joy Castro, par exemple ? Heureusement, pour les amateurs de polars de qualité, il reste les éditions Rivages Noires et François Guérif mérite un grand coup de chapeau.
    Bien cordialement,
    Raymond Delley

    Répondre
    1. actudunoir Auteur de l’article

      On parle là d’une époque depuis longtemps révolue ! Regardez déjà les traductions de Larry Brown à La Noire (qui avait le même directeur de collection que la série noire). Ici la traduction est signée Isabelle Maillet, la série noire a réédité une nouvelle traduction de Moisson Rouge par Pierre Bondil, Antoine Chainas a signé un certain nombre de traductions …
      Bref une histoire très ancienne, aujourd’hui toutes les « grandes » maisons soignent leurs traductions.

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      1. Tasha

        Et moi j’ajouterais que les traductions de Rivages Noir n’ont pas toujours été irréprochables. Certes, Guérif a changé la donne et c’est pour moi un immense éditeur, mais si on regarde par exemple les traductions de Janwillem Van de Wetering, on se rend compte que c’est assez abominable sur certains volumes… Et je suis d’accord, un gros travail a été fait à la Série Noire, initié par Raynal, A. Masson ne fait pas n’importe quoi, loin de là.

  2. Raymond Delley

    Merci de vos différentes réponses. Cela me rassure un peu. Ma question partait de l’impression que j’ai eue, il y a quelques temps, en feuilletant « 1275 âmes » dans la collection « folio » de Gallimard, d’avoir affaire à la même traduction que celle que l’on trouvait à l’époque dans l’édition de la Série noire. Mais peut-être que je me trompe ! Et je suis d’accord que les traductions de Rivages Noires ne sont pas toujours irréprochables. Certains me trouveront peut-être un peu pointilleux sur cette question de la traduction, mais pour moi elle est essentielle. Un texte littéraire – polar ou non – vaut, en fin de compte, essentiellement par son style, ce terme pris dans son acception la plus large. Un excellent exemple de cela se trouve dans la phrase de James Crumley citée en exergue de ce blog : simplifiez-la, tronquez-la, et plus rien de sa force ne demeure ! Je terminerais mon propos en suggérant que, parfois, lorsque cela est possible, c’est-à-dire lorsque l’on a sous les yeux le texte original, il serait judicieux, dans les critiques de ce blog, de dire un mot de la traduction.
    Cordialement.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Ce serait une excellente idée pour créer un blog centré sur la traduction. Malheureusement, en ce qui me concerne, mon niveau en anglais, et même en espagnol que je maîtrise un peu mieux sont bien insuffisants pour que je me risque à juger les traductions. Sauf quand elles sont vraiment catastrophiques ce qui arrive de moins en moins, surtout chez les éditeurs sérieux.

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  3. Pierre Seguelas

    Ne sois pas si modeste Jean-Marc, ton niveau en espagnol est excellent (on peut en juger chaque année lors des échanges avec les auteurs espagnols ou sud-américains invités à TPS). Bien à toi, Pierre

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  4. Claude

    Je ne l’ai pas lu, mais le thème de départ (les « délinquants sexuels ») me rappelle furieusement « Lointain souvenir de la peau » de l’immense Russell Banks.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Je n’ai malheureusement pas pris le temps de lire les derniers Russell Banks, mais je peux dire sans crainte de me tromper qu’on est ici loin du niveau de romans comme De beaux lendemains ou Affliction !
      Ceci dit, on peut quand même écrire un très bon roman sans atteindre le niveau de Russell Banks !

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  5. ingannmic

    Je suis d’accord avec toi, Jean-Marc, sur ce dernier point, et je crois d’ailleurs que Dan Fante et Banks ne sont pas comparables, tant leur registre est différent…
    J’avais un peu les mêmes appréhensions que toi, avant de lire Dan Fante, mais « En crachant du haut des buildings » ne m’a pas déçue non plus. J’ai aimé le ton tout en auto dérision, qui laisse entrevoir une profonde désespérance..

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