Immense Neil Gaiman

Un nouveau roman de Neil Gaiman ! C’est Noël avant l’heure. Et c’est toujours aussi bon. C’est L’océan au bout du chemin.

Gaiman OceanDe retour dans son village d’enfance pour un enterrement, un homme se retrouve, sans le vouloir, sur les lieux même de son enfance. Assis au bord d’une mare qui est un océan, tout lui revient : Il avait sept ans, un homme qui logeait chez eux s’était suicidé, et il avait fait connaissance de Lettie, onze ans, de sa mère et de sa grand-mère, les Hempstock.

Trois femmes qui vont l’aider à faire face à d’étranges événements qu’un enfant de sept ans, rêveur et grand lecteur ne peut affronter seul …

Neil Gaiman est un grand, un très grand. Que ce soit dans les BD dont il est scénariste, ou dans ses romans, il est très fort pour imaginer des mondes à la fois très proches de notre quotidien et pleins de fantaisie. On est à la fois dans notre monde, et dans un univers complètement décalé. On est un adulte d’aujourd’hui et l’enfant qu’on a été pour qui le merveilleux (qui peut être absolument horrible) est réel et tangible. Ce n’est pas un hasard s’il a écrit la série Sandman dont le héros est Dream, maître du rêve.

Il est grand parce qu’il arrive à nous faire ressentir cette proximité du rêve, ou du cauchemar, sans jamais tomber dans des discours mystico-philosophico-pompiers. Le rêve, le cauchemar, les autres mondes sont. Pas besoin d’expliquer, l’histoire et les personnages se suffisent à eux-mêmes.

Et nous revoilà, le temps d’une histoire, redevenus gamins, morts de peur dans le noir où grouillent des choses, complètement indignés par l’injustice, totalement confiants dans notre ami, entièrement concentrés sur la dégustation d’une crème bien épaisse ou une pomme de terre dorée à point. Impliqués à 100 % dans tout ça, sans calcul, sans arrière pensée.

On s’immerge complètement dans cette histoire, on vibre, on tremble, on enrage, on pleure, on sourit avec le narrateur. Et c’est tout étonné qu’on émerge soudain dans son salon, son lit ou son wagon de métro, décalé, un peu absent, un peu de nous étant resté avec ce gamin et copine Lettie.

Retour brutal dans la réalité, jusqu’au prochain moment de lecture enchantée.

Neil Gaiman / L’océan au bout du chemin (The ocean at the end of the lane, 2013), Au diable Vauvert (2014), traduit de l’anglais par Patrick Marcel.

12 réflexions au sujet de « Immense Neil Gaiman »

    1. actudunoir Auteur de l’article

      A part ? Génial ? Unique ?
      Et son roman écrit à quatre mains avec Terry Pratchett (De bons présages) est absolument … Absolument tout : intelligent, hilarant, émouvant. c’est celui que j’ai le plus prêté, il est dans un état épouvantable !

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  1. Brice

    Fini la semaine dernière et, pour toutes les raisons évoquées dans cet article, bien du mal à trouver avec quelle lecture enchainer.
    Gaiman est à part, capable de trouvailles qui vous suivent longtemps ( de mémoire : « Nous, le café, on le prend noir comme la nuit et sucré comme le péché. » dans American Gods ) et c’est aussi l’un des rares auteurs dont j’ai d’abord acheté les livres de nouvelles en anglais, malgré mon anglophonie moi aussi très limitée, pour « écouter » sa voix en v.o.
    Pour celui-là ce qui me semble remarquable, en plus de la qualité de la traduction, c’est que Gaiman est arrivé à une sorte d’épure qui colle parfaitement au sujet de l’ouvrage.
    Non pas une simplicité qui serait froide et stérile, mais une sorte de « franchise » comme peuvent en avoir les enfants de cet âge, qui ressentent et expriment tout sans filtre.
    Et cette écriture sans fioritures, qui vise droit au coeur des sujets pour en extraire la pure émotion, Gaiman réussit le tour de force de la tenir sur trois cent pages.
    Au début, j’avoue avoir eu peur que ça ne tienne pas la distance et que tout s’effondre. Et puis après… Après j’étais avec Lettie, et je ne voulais surtout pas qu’elle me lâche la main.
    Désolé, j’ai fait un peu long, mais c’est assurément mon bouquin du moment et mon cadeau assuré pour ces fêtes de fin d’année.
    Je profite d’ailleurs de l’occasion pour vous souhaiter de bonnes fêtes, et vous remercier pour ce blog que je suis assidument et qui est responsable de pas mal de mes plus jolis moments de lecture de ces dernières années.
    Merci.

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  2. Catherine Whitebird

    C’est un livre magnifique.
    J’avais eu une discussion avec un ami qui me disait: « Oui, mais pas aussi bien que… American Gods, Sandman ». Il est peut-être dans un autre registre où les Dieux ne sont pas aussi évidents. Mais, ils/elles sont là. Ce qui m’a émue, c’est qu’une des trois Parques soit à ce point touchée par cet enfant qu’elle décide, au péril de son existence, de sa continuité, de changer son destin. C’est en tout cas ce que j’ai compris. Et j’ai trouvé cela sublime. Qu’un enfant puisse à ce point émouvoir l’implacable. Qu’à chaque visite, il se remémore, parce qu’après chaque visite, il oublie. Ce livre m’a profondément touchée. Comme le dit fort justement Brice, il vise droit au cœur. On se souvient à son tour de ces moments d’enfance où, tout entiers dans une activité, une contemplation, le temps s’arrête. Et on a la sensation d’être une partie du tout. Je l’ai moi aussi lu en anglais pour justement découvrir, écouter la musique de Gaiman dans sa langue native.
    Quand je l’ai lu, j’ai aussi pensé à Shevek dans les Dépossédés d’Ursula Le Guin qui écrit, au moment de sa grande découverte qui va changer l’univers : « son esprit fut comme un enfant qui sort en courant dans l’éclat du soleil. Il n’y avait pas de fin, pas de fin… »
    A propos de destin, il y a un livre très touchant écrit par Clifford Simak. C’est de la SF: Dans le torrent des siècles (Time and again). Un auteur qu’on a injustement oublié, je trouve.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      J’ai beaucoup aimé American Gods, mais mes préférés de Gaiman sont Neverwhere, L’étrange vie de Nobody Owens, l’hilarant De bons présages écrit à quatre mains avec Pratchett, et la série Sandman. Ceci dit, tout Gaiman est très bon.
      Ensuite les références que tu cites, je les ai lues, mais il y a … On va dire longtemps pour ne pas révéler mon grand age !Et j’avoue ne plus en avoir de souvenirs qui me permettent de comparer. Il faudrait peut-être que je les extirpe de ma bibliothèque.

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