Un privé au Caire

Un nouveau privé au Caire, d’origine soudanaise, j’achète ! Ce sont Les écailles d’or de Parker Bilal.

Bilal ParkerMakana était flic dans ce qu’on pourrait appeler la criminelle à Khartoum, au Soudan. L’arrivée des islamistes l’a obligé à fuir dans des circonstances dramatiques que l’on découvrira. Depuis il vit sur une sorte de péniche délabrée, au Caire. Et il gagne, de temps en temps, sa vie comme privé. Un privé minable et fort démuni. C’est pourquoi il est très étonné quand une splendide voiture s’arrête à côté de sa barcasse et qu’il est amené pour rencontrer Saad Hanafi, millionnaire proche du pouvoir au passé peu reluisant. Saad est propriétaire, entre autres, d’un club de foot, et son joueur vedette a disparu depuis plusieurs jours. Pour une raison étrange, c’est à Makana qu’il veut confier la recherche de la star. Intrigué, celui-ci accepte, tout en sachant très bien qu’on lui cache beaucoup plus de choses que ce que l’on veut bien lui dire. Et bien évidemment, il va tomber dans un nid de serpents et voir ressurgir les fantômes de son passé.

La quatrième nous apprend que Parker Bilal est le pseudo de Jamal Mahjoub, écrivain de littérature dite « blanche », publié chez Actes Sud. Ben ça ne m’étonne pas.

Pourquoi ? parce qu’on a là un bon roman, très bon même sauf … dans la partie intrigue policière qui souffre de quelques défauts. Pas du tout rédhibitoires les défauts, rassurez-vous. Mais quand même, il y a deux ou trois coïncidences et coups de chance qui sont un peu gros. Le genre de machins qu’un auteur de polar chevronné aurait évité, ou aurait réussi à faire passer comme une lettre à la poste. La résolution va un peu vite et Makana a des intuitions qui frôlent la voyance.

Mais pas rédhibitoires donc, juste un peu gênant, et puis si on retrouve Makana plus tard, ça s’améliorera forcément.

Et on a bien envie de le retrouver parce que tout le reste vaut vraiment le coup. Le reste c’est bien entendu la description d’une ville du Caire, grouillante et misérable, où les pyramides, le souk et les pubs people autour d’un joueur de foot cohabitent, une ville totalement corrompue mais une ville débordante d’énergie, une ville où des fortunes colossales côtoient la plus grande misère …Ne serait-ce que pour cette description et pour les personnages secondaires fort bien croqués par l’auteur, ce roman vaut la peine.

Mais il y a aussi le récit des derniers jours de Makana au Soudan, la prise de pouvoir par les islamistes et la terreur qui en résulte. Et là, étonnant de voir comme ce récit ressemble à ce qu’un Rolo Diez ou un Ernesto Mallo ont écrit sur l’Argentine sous Videla. Comme quoi, même causes, même effets : Prenez des brutes incultes, avides de revanche, donnez-leur des armes et l’impunité totale, laissez-les se défouler après une vie de frustrations et dites-leur qu’ils agissent pour le bien du pays, vous obtenez les mêmes résultats : tortures, viols, meurtres, terreur, que ce soit au nom d’un Dieu ou de la lutte contre le péril rouge, vert ou gris …

Il n’est peut-être pas inutile de le rappeler, et de se rappeler que les premières victimes de ces fous furieux sont les populations qui sont sous leur coupe.

Parker Bilal / Les écailles d’or (The golden scales, 2012), Seuil/Policiers (2014), traduit de l’anglais par Gérard de Chergé.

3 réflexions au sujet de « Un privé au Caire »

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