Marin Ledun reste au Pays Basque

Après L’homme qui a vu l’homme, Marin Ledun revient au Pays basque avec Au fer rouge.

Ledun_fer_rougeFévrier 2013 du côté de Bayonne. Une valise s’échoue sur la plage. Dans la valise, un corps. Un espagnol, connu des services de police, ayant participé à la marge aux opérations du GAL de sinistre mémoire, trempant depuis dans le trafic de drogue des deux côtés de la frontière. Certains veulent y voir une vengeance des indépendantistes basques, d’autres un simple affaire de guerre de territoire pour la drogue. Emma Lefebvre, nouvelle arrivée en Pays Basque va se retrouver dans un groupe d’enquête où tous, flics, procureur, et services secrets ont des choses à cacher.

Autant le dire tout de suite je suis moins convaincu par ce roman que par le précédent.

Ce qui m’a gêné c’est l’impression que Marin Ledun en fait un peu trop. En exergue, une phrase de Don Winslow, et puis cette thématique (mélange de trafic de drogue, de services secrets, de lutte anti-terroriste et de corruption) … On pense forcément à La griffe du chien. Or le Pays Basque dans les années 2010, ce n’est pas la frontière mexicaine dans les années 80, les trafiquants de drogue du Pays Basque (même quand ils sont mexicains) doivent faire doucement rigoler les cartels meurtriers du nord du Mexique, et l’intensité et la violence de la lutte contre l’indépendantisme basque moribond est loin de celles des magouilles de la CIA contre les guérillas communistes d’Amérique centrale dans les années Reagan. Du coup j’ai le sentiment qu’à vouloir démontrer ou dénoncer les mêmes choses l’auteur force un poil de trait. Au détriment des personnages auxquels ils n’accordent pas, à mon goût, l’attention qu’ils méritent et dont on ne comprend pas toujours les motivations.

Et c’est dommage parce qu’il faut aussi dire que le roman se lit quand même avec plaisir : grâce à l’écriture, dans la continuité du roman précédent, sèche et efficace, grâce à la construction éclatée et très rythmée, passant d’un personnage à l’autre sans perdre le lecteur, grâce à la qualité et l’efficacité des scènes d’action, et pour finir parce que le lecteur est quand même accroché et veut savoir comment va finir cette histoire, et que Marin Ledun maîtrise parfaitement la montée du suspense.

Dommage donc, le roman aurait gagné (à mon goût, une fois de plus) à être recentré sur quelques sujets, les magouilles immobilières et la corruption autour de la pollution par exemple (ce sont les parties les plus convaincantes du roman à mon avis) … il aurait sans doute gagné en force et en crédibilité ce qu’il aurait perdu en complexité et en ampleur.

Mais je répète pour conclure que j’ai quand même pris plaisir à le lire.

Marin Ledun / Au fer rouge, Ombres Noires (2015).

11 réflexions au sujet de « Marin Ledun reste au Pays Basque »

  1. Pierre FAVEROLLE

    Salut Jean Marc, je vois que ton avis est proche de celui de Yan. C’est justement pour cette complexité et cette facilité de passer d’une histoire à l’autre que j’ai préféré celui ci. Enfin, préféré est un grand mot car je trouve qu’avec ces deux romans, Marin Ledun a sauté un pas (ce n’est que mon avis bien sur) et qu’il a écrit un diptyque marquant à tous points de vue. Amitiés

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Oui, c’est d’ailleurs en lisant l’avis de Yan que j’ai pris conscience de la proximité avec le roman de Don Winslow, du moins dans l’intention. Et de mon côté mon roman préféré de Marin reste Les visages écrasés.

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      1. lamf

        comme pierre, mais différent, je n’avais pas du tout aimé son avant dernier, alors que celui-ci je le trouve monstrueux, en plus Marin distille de l’humour chose qu’il n’avait jamais faite avant
        avis partagé donc

  2. Sisco

    Je partage ton avis et je serais presque plus critique. Ecologie, immobilier, anti terrorisme, flics ripoux, drogue… ça fait beaucoup. Même si ça existe. Et puis il y a des invraisemblances : la fliquette qui ouvre la sacoche de son amant procureur ! Le flic qui enquête sur la mort du mec qu’il vient de trucider avec ses collègues espagnols… J’ai préféré le précédent et même Dans le ventre des mères, très original. Sans parler des Visages écrasés.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Sans parler des Visages écrasés effectivement qui est mon préféré. Je crois qu’il y aurait eu moyen de faire quelque chose de beaucoup plus fort et resserré en se concentrant sur la partie pollution/immobilier.

      Répondre

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