La jeunesse d’Erlendur

Revoici Erlendur, mais un Erlendur jeune, tout jeune, à peine entré dans la police. C’est dans Les nuits de Reykjavik qu’Arnaldur Indridason le met en scène.

Indridason-NuitsNous sommes dans les années 60-70. C’est l’été, Erlendur vient de rentrer dans la police de proximité et effectue des tournées en voiture, souvent la nuit, avec deux collègues. Arrestation de conducteurs en état d’ivresse, bagarres, accidents de la route, drames domestiques, cambriolages complètement foireux sont son quotidien. En marge, son histoire personnelle l’amène à s’intéresser à toutes les disparitions, et son empathie le rapproche des clochards qui luttent contre le froid à coups de « gnole », un alcool à 70° qu’ils rusent pour acheter en pharmacie.

Un jour il est le premier à repêcher Hannibal, un clodo qu’il connaissait un peu, mort noyé dans une mare. L’homme avait beaucoup d’alcool dans le sang et l’enquête conclue très rapidement à un accident. Sans savoir pourquoi, Erlendur, sur son temps libre, décide d’en savoir plus sur la passé de cet homme et sur son parcours jusqu’à cette triste fin.

Voici donc les débuts d’Erlendur, qui ne sont pas, loin s’en faut, les débuts d’Indridason. Tout ça pour dire que si ici le talent d’enquêteur du flic le plus connu de Reykjavik est encore sous forme de chrysalide, celui de son auteur est déjà plus que confirmé.

On retrouve donc avec un grand plaisir l’empathie de l’auteur, sa façon discrète, sans effet et pourtant terriblement efficace de s’intéresser aux victimes les plus anonymes (femmes battues, hommes et femmes complètement sortis de la société) et de leur donner la parole. C’est quand même idiot, mais en bon habitant du sud, je pensais bêtement qu’il était déjà assez dur de vivre dans une maison en Islande, et qu’il ne pouvait donc y avoir personne, dans ce grand nord, qui vive dans la rue. Imbécile que j’étais.

C’est donc un récit au ras du bitume et au plus près des gens. Erlendur s’intéresse à tout le monde, côtoie l’humanité douloureuse, les victimes d’accidents de la route, les femmes battues, les imbéciles rendus méchants par l’alcool, et les clodos, définitivement abimés par la vie.

C’est humain, c’est touchant, ça prend aux tripes. Et mine de rien, Indridason construit son intrigue, sans avoir l’air d’y toucher mais en nous embarquant à droite et à gauche, de fausse piste en révélation, sans jamais donner l’impression d’appuyer ses effets. Du grand art parfaitement maîtrisé.

Arnaldur Indridason / Les nuits de Reykjavik (Reykjavíkurnætur, 2012), Métailié/Noir (2015), traduit de l’islandais par Eric Boury.

13 réflexions au sujet de « La jeunesse d’Erlendur »

  1. Pierre FAVEROLLE

    Salut Jean Marc. Petit Apparté, j’ai les Alan Moore ! Concernant cet épisode de Indridason, comme tu le dis, il est génial. Je vais même lui décerner un coup de coeur, car je trouve que c’est son meilleur depuis … La voix. Amitiés

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  2. Meyer Meyer

    Heureux de savoir qu’Indridason est de retour. Le dernier Erlandur (Etranges rivages) n’était pas terrible et je n’ai vraiment pas accroché au livre du roi. Bon je vais allez faire une petit tour dans les nuits de Reykjavik

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    1. Meyer Meyer

      Heureux de revoir Indridason revenu à un bon niveau. Comme Erlandur, il prend un coup de jeune avec ce livre. On retrouve le rythme des premiers ouvrage où Erlandur prends le temps d’enquêter. Une aventure de jeunesse d’Erlandur qui nous fait attendre avec impatience son retour

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  3. Françoise

    C’est bizarre, tout le monde ou presque aime Indridason, et en particulier Erlandur mais j’avoue qu’il ne m’émeut pas beaucoup. Bon, c’est bien construit, bien foutu, le personnage est intéressant, mais je trouve l’écriture terriblement plate. Contrairement, par exemple, à Mankell (pour comparer des flics dépressifs et introvertis).
    Il manque (avis strictement perso, évidemment) un petit je-ne-sais-quoi pour que ce soit vraiment bien : peut-être un peu plus de personnalité pour sortir de la fadeur ambiante : voilà, c’est ça, ça manque de saveur… (et désolée de casser l’ambiance).

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Meuh non, il n’y a pas à être désolé. C’est vrai, objectivement, Erlendur n’est pas très … piquant ! C’est pas Montalbano ou Charitos. Mais chaque fois je me fais prendre.

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