Découverte (tardive) d’un polar polonais

On n’arrive jamais à lire tout ce qu’on voudrait. C’est comme ça que, malgré le bien que j’en avais entendu dire, je n’avais pas trouvé le temps de découvrir Zygmunt Miloszewski, édité chez Mirobole. La sortie du second ouvrage traduit chez le même éditeur m’a donné l’occasion de revenir sur le premier : Les impliqués.

Miloszewski-impliquesNous sommes à Varsovie, en juin 2005. Cezary Rudzki, psy renommé spécialisé dans une forme de thérapie de groupe a réuni quatre de ses patients pour un travail d’un week-end complet dans les locaux dépendants d’une église. Le dimanche matin, après une séance très dure le samedi soir, hurlements : Un des patients, Henry Telak est mort, assassiné, une broche à rôtir plantée dans l’œil.

Le procureur Teodore Szacki est en change de l’affaire, une affaire qui l’agace prodigieusement, mais qu’il va quand même mener avec le sérieux que tout le monde lui connait. Et si le début de l’enquête lui donne l’impression de se trouver dans la peau d’un Hercule Poirot polonais ou dans un jeu de Cluedo, la suite va se révéler bien plus dangereuse, tant elle va faire remonter à la surface des fantômes que beaucoup voudraient oublier.

Ca commence un peu mou, avec en plus une séance de psy de groupe qui ne me convainc pas complètement … On croit un moment qu’on aura droit à un machin archi classique … mais très vite on est pris.

Tout d’abord par l’écriture, vive, qui sait passer du très sombre au très guilleret, toujours à propos et sans jamais forcer ses effets. L’auteur ne se regarde pas écrire mais impose son style fort agréable. Dans sa construction l’auteur à l’idée (certes pas inédite) de commencer chaque chapitre par un résumé des infos du jour. Résumé passé au crible d’un humour noir et critique. Cela rajoute au côté très alerte du récit et lui donne en même temps une profondeur en ancrant le récit dans une trames d’événements qui donnent une idée du cadre politique et social (ainsi que météorologique !)

Le personnage principal ensuite. Ce brave Teodore, parti pour être un peu terne se révèle fort intéressant. Courageux, fidèle à ses principes mais faillible, grande gueule mais cédant parfois à la trouille, en pleine crise dans sa vie personnelle, parfois compliqué dans sa caboche, capable d’empathie mais aussi parfois d’une certaine raideur … Bref ayant toute l’épaisseur et les contradictions qui en font un être humain, pardon un personnage, passionnant, parfois agaçant, souvent sympathique et surtout qu’on aura plaisir à retrouver.

Un autre personnage capte l’attention : la ville de Varsovie, superbement décrite dans toutes ses contradictions, ses horreurs mais également se beautés, ses traditions et ses nouveautés, ses habitants, ses quartiers, ses monuments … Un vrai personnage.

Finalement, le récit commencé comme une enquête très plan-plan surprend avant de prendre un virage assez sec pour faire remonter les pires saloperies des années passées. Au détour du récit, on voit comment les maîtres et tortionnaires d’hier n’ont rien perdu, ni de leur pouvoir économique ni de leur pouvoir de nuisance. Et ceci est fait avec une très grande cohérence dans le récit, sans révélation fracassante, sans chevalier blanc et pour un final … Dont je ne vous dirai rien mais qui est très bien !

Au final un polar classique dans sa narration, un poil lent à démarrer mais qui se révèle finalement passionnant et qui donne très envie de lire le suivant.

Zygmunt Miloszewski / Les impliqués (Uwikłanie, 2007), Pocket/Thriller (2015), traduit du polonais par Kamil Barbaski.

18 réflexions au sujet de « Découverte (tardive) d’un polar polonais »

      1. actudunoir Auteur de l’article

        Ben quand on voit la liste des invités annoncés, on cherche plutôt qui n’y va pas que qui y sera ! C’est assez impressionnant depuis quelques années.

      2. lectriceencampagne

        oui, c’est vrai, et moi qui ne vais nulle part, c’est comme un géant cadeau. Je suis très impatiente pour Padura et Sépulveda, Rankin aussi que j’aime beaucoup, et pour ceux à découvrir

  1. Julie D-L

    Cher Jean Marc, je lis votre blog depuis longtemps, je suis très heureuse que vous ayez aimé « Les impliqués ». A mon sens, « Un fond de vérité » devrait encore plus vous convenir.
    Zygmunt Miloszewski ne sera pas à Quais du polar cette année (il y était l’an dernier).
    En revanche, il sera au Salon du livre de Paris, à la foire du livre de Genève, à Étonnants voyageurs à St Malo, à « un aller/retour dans le noir » et à Toulouse polar du sud. Au plaisir, Julie – promotion, relation libraires et salons chez Mirobole éditions

    Répondre
  2. Meyer Meyer

    J’ai bien aimé le style du livre et le personnage principal, mais le final que j’ai trouvé très Agatha Christie m’a déçu. Cela ne m’empêche pas d’avoir très envie de lire le suivant. Au final une bonne découverte due à ce blog. Bon je vais poursuivre mon cycle de découvertes « lahaherresques » avec Laidlaw.

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  3. Meyer Meyer

    Tiens je viens de remarquer que le blog est encore à l’heure d’été Mon commentaire indique
    7 h 42 alors qu’il est 8 H 42. Voila de quoi me forger un alibi en béton

    Répondre

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