Un western glacé et glaçant

J’aime bien les westerns. Je les ai aimés petit au cinéma avant de découvrir qu’ils existaient aussi en livres. Fallait-il que je sois bête ! Bref, Retour à Watersbridge de James Scott est un excellent western.

Scott-WatersbridgeUn hiver de la fin du XIX°. Elspeth Howell rentre chez elle, dans la ferme isolée où elle vit avec sa famille après des semaines à travailler comme sage-femme dans une ville éloignée. Quand elle arrive elle découvre son mari et ses enfants massacrés. Seul Caleb, 12 ans, a survécu, caché dans la grange. Ils partent alors à la poursuite des trois assassins que le jeune garçon a vus et se retrouvent à Watersbridge où Elspeth va devoir affronter ses mensonges et ses crimes.

Attention, western très sombre ! Ca commence rude, ça continue froid et rude, ça se poursuit boueux et rude, et ça se termine … Devinez !

On est loin ici des duels au soleil avec Clint et son poncho. C’est le froid qui est le plus marquant ; le froid, la neige, l’obscurité, le vent, les conditions de travail épouvantables. Ensuite l’emprise de la religion, son omniprésence, et la notion de pêché, de faute vis-à-vis d’un Dieu et de ses commandements qui remplacent complètement ou presque l’empathie. Ce qui mine les personnages (surtout la mère), ce n’est pas d’avoir ruiné des vies mais d’avoir commis des actes réprouvés par la bible … Etonnant mais révélateur comme renversement de valeurs. Et étrangement d’actualité.

Très marquante aussi, la dureté des rapports humains, la violence des relations dans le travail, la facilité avec laquelle on peut prendre la vie de quelqu’un et l’absence évidente de loi et de justice. Ce qui ne laisse le champ libre à la loi du plus fort. Avec quand même, de temps en temps, quelques rayons de soleil, quelques marques de sympathie, de pitié ou d’amour. Qui ne rendent que plus sombres les ténèbres environnantes.

Tout cela raconté dans une très belle langue, qui sait rendre le temps, le fracas des blocs de glace et celui des flocons poussés par le vent contre les vitres, l’impuissance des hommes face à la nature. Et une écriture particulièrement impressionnante dans les scènes de bravoure comme l’accident dans le hangar où sont stockés les énormes cubes de glace.

Certes les amateurs de thrillers survoltés et de lectures faciles ou tout est bien qui finit bien seront sans doute désarçonnés. Les autres peuvent foncer, les yeux fermés. Et se prévoir un bouquin un peu plus souriant pour se remettre ensuite.

James Scott / Retour à Watersbridge (The kept, 2014), Seuil/Policiers (2015), traduit de l’anglais (USA) par Isabelle Maillet.

21 réflexions au sujet de « Un western glacé et glaçant »

  1. wollanup

    Excellent roman que je ne considérerais pas réellement comme un western,il y a bien d’autres choses,notamment une magnifique réflexion sur les liens du sang,la famille.Un petit air de Deadwood,effectivement…Que devient d’ailleurs Pete Dexter?

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      C’est vrai ça qu’est-ce qu’il devient Pete Dexter ? le problème c’est qu’il na pas un éditeur attitré qui suive systématiquement ses romans, et qu’en plus il n’aide pas en changeant régulièrement de style et de thématiques, ce qui n’aide pas ici où on aime bien ranger les auteurs dans des cases …
      Sur le côté western , de mon point de vue, ce n’est pas parce que c’est complexe, riche et intelligent que ce n’est pas un western ! Je le « classe » (tient, moi aussi je m’y mets !) dans cette catégorie pour l’époque (fin XIX), le lieu (quoique là t’as raison, c’est plutôt un northern) et parce qu’il décrit un lieu où la loi et la « civilisation » de l’est n’a pas encore remplacé la loi du plus fort, ou du moins ne l’a pas travestie sous des dehors policés.

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  2. wollanup

    Mais Jean Marc,je n’ai jamais dit qu’un western n’était pas intelligent mais le terme peut paraître pour certains réducteur et ici,pour moi,ce n’est pas l’aspect western qui est le plus important mais toute l’analyse psychologique autour de la mère et bien sûr,Caleb et son comportement vis à vis de sa famille et les liens qui se créent ou pas mais c’est très difficile d’en parler sans spolier.
    De toute façon,pour diverses raisons,c’est un sacré premier roman.

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  3. Electra

    Je découvre ton blog (suite à l’un de tes commentaires sur le blog de Yan). J’adore les western – les livres (et les films) et comme toi je pense que le cinéma a longtemps eu un effet réducteur sur le genre « western » où le lecteur va penser immédiatement « cowboys et indiens ».
    Aussi, ce roman m’intéresse tout particulièrement ! Je le note.

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      1. Electra

        Je connais ces deux auteurs, j’adore – le meilleur western pour moi reste Lonesome Dove. (ou l’un des meilleurs .. d’autres vont sortir )

  4. Claude

    Et ne pas oublier le superbe « La culasse de l’enfer » de Tom Franklin…sans parler de « Faillir être flingué » de Céline Minard dans un registre plus léger.

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