Walt Longmire dans l’enfer de Dante

Le Craig Johnson traditionnel est un peu en avance cette année, ça doit être le réchauffement climatique qui le fait arriver avant le printemps. Et pourtant, dans Tous les démons sont ici, ça gèle fort.

couv rivireFin d’hiver, début de printemps du côté des Bighorn Mountains, dans ce comté (imaginaire) sous l’autorité su shérif Walt Longmire. Dans ce coin haut perché, l’hiver n’a pas l’air d’être au courant qu’il vit ses derniers jours et une tempête shakespearienne se prépare. Avec blizzard et neige. De quoi ne pas réjouir Walt et son adjoint basque Sancho qui doivent encadrer Raynaud Shade, un psychopathe d’origine Crow, pour une reconstitution dans les montagnes.

Surtout que, comme le dit un des meurtriers qui est avec lui (oui ils sont plusieurs charmants garçons) : « Nous on est le genre qui donne des cauchemars aux gens […] Lui, c’est le genre qui nous donne des cauchemars. ». Et quand Walt et Sancho s’en reviennent après avoir laissé Shade aux mains du FBI, en haut, dans la montagne, devinez ce qui se passe … Et qui va devoir partir à la poursuite du fou furieux qui a deux otages alors que la tempête se déchaîne ? Gagné.

Un mano a mano époustouflant s’engage, avec la nature déchaînée comme arbitre.

Il est très fort Craig Johnson. Très fort parce que c’est quand même le septième volet des aventures de Walt Longmire et qu’il arrive à garder une cohérence tout en se renouvelant et en prenant des risques. Très très fort.

Cohérence parce qu’on retrouve Walt et le Wyoming sous la neige. Cohérence parce que, malgré la grande noirceur du roman (le paysage est tout blanc mais le roman est noir) il garde cet humour caractéristique de son personnage : « Je ne pouvais pas mourir – Il y avait trop de femmes qui me tueraient. ». Cohérence parce que les personnages secondaires, ceux qu’on aime presque autant que Walt sont là, même si les échanges avec eux se font quasiment uniquement par téléphone, quand Walt arrive à capter du signal dans ses montagnes. Cohérence enfin parce qu’il revient ici sur un épisode du premier roman, Little Bird.

Mais en même temps tout change et il prend de très grand risque. Et ce n’est pas la première fois.

Tout change parce que cette fois Walt est seul ou presque face à l’affreux. Et surtout Craig Johnson prend un très grand risque en allant voir du côté du fantastique, et un risque encore plus grand en laissant ses lecteurs libres de leur interprétation. Un risque parce que certains pourraient lui reprocher d’avoir choisi une solution de facilité, de ne pas choisir … Moi j’ai adoré.

Et puis il y a Virgil White Buffalo, ce qu’ils appellent dans le Wyoming un FBI, « Foutrement Balèze d’Indien » (je suppose que c’est Fucking Big Indian en anglais), qui dès qu’il apparait me fait penser à l’indien de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Un personnage hors norme, monumentale création littéraire qui apporte une dimension supplémentaire à un roman déjà passionnant.

Pour finir, quelle écriture et quelle construction ! Je me suis gelé pendant toute la lecture, j’ai cru m’évanouir avec Walt, entendre craquer la neige, j’ai failli tomber dans le précipice avec lui … Et tout ça en lisant régulièrement l’enfer de Dante ! Vraiment très fort.

Et quel sens du rythme ! Dans le premier chapitre, la tension qu’il installe dès le premier échange avec le psychopathe est un modèle du genre. Une tension qui va s’intensifier pour ne se relâcher, paradoxalement, qu’une fois les deux réellement face à face, pour un final époustouflant, ralentis par le froid et l’épuisement, aveuglés par la neige. Du grand art, une fois de plus.

Craig Johnson / Tous les démons sont ici (Hell is empty, 2011), Gallmeister (2015), traduit de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.

PS. Bien qu’il fasse plusieurs allusions à des événements passés dans d’autres romans, Tous les démons sont ici peut se lire sans avoir lu les autres. Mais ce serait vraiment dommage de se passer de cette magnifique série.

19 réflexions au sujet de « Walt Longmire dans l’enfer de Dante »

  1. keisha41

    Ouaip, Bob, c’est Fucking big Indian. Lire Craig en VO, ça donne un super vocabulaire, hélas inutilisable… ^_^ Lire Lansdale , pire encore;..

    Répondre
  2. Tasha

    Ah la la, je peux donc m’attendre à un grand moment de lecture… Chouette! Mais si je comprends bien, je vais me cailler. Je suis d’accord, il faut découvrir cette série. Pour ma part, j’attends avec impatience le Johnson nouveau chaque printemps. Il y a quelques années Craig Johnson était venu en signature dans ma ville, j’ai fait déplacer l’horaire d’un truc – important – de boulot pour y aller, et j’y ai même embarqué quelques collègues: y a des priorités dans la vie.

    Répondre
      1. belette2911

        Je me suis arrêtée à « Le camp des morts » et je n’ai pas encore eu le temps de lire la suite. c’est dans cet ouvrage que le basque débarque. Dans ma tête, il est encore un bleu 😉 enfin, un « nouveau » au poste perdu du trou du cul de l’Amérique.

  3. jeromejukal

    Craig Johnson a créé un univers, des personnages que l’on aime retrouver. Il signe avec son dernier roman un incontournable, sans aucun doute… j’avais un peu peur après le précédent, un peu plus faible, à mon avis, mais il n’y a finalement aucun fléchissement et pouvoir être de nouveau en présence des personnages que l’on aime, dans le comté que l’on finit par connaître, est un plaisir… Même si c’est pour lire les aventures plutôt éprouvantes que Johnson fait subir à son héro…
    Vivement le prochain !

    Répondre
    1. actudunoir Auteur de l’article

      J’avais bien aimé le précédent, plus léger mais aussi plus drôle. Comme quoi Craig Johnson sait alterner. Ce dernier est vraiment dense.

      Répondre
  4. Ingannmic

    Oh, là, là, je réalise que j’ai pris du retard, je n’en qu’au 4e opus… En tous cas, ce billet donne envie de ne pas s’arrêter en si bon chemin… c’est un véritable tour de force que de réussir à maintenir l’intérêt du lecteur sur du long terme. A ce jour, je ne connais personnellement que Nesbo, pour parvenir à me passionner à chaque fois….

    Répondre
  5. Françoise

    Pour les avoir tous lus, et tous aimés, je trouve que celui-ci a quelque chose de plus. Réellement puissant, remarquable.
    Très très gros coup de coeur pour ma part.

    Répondre
  6. Mary

    C’est pour moi un des plus étranges et meilleurs de la série. Il est fort, froid, angoissant même, et Walt atteint un de ses plus hauts sommets de prise de risque et pourtant, il arrive toujours à faire de l’humour. Ce qui est remarquable, je trouve, c’est d’arriver à coincer son personnage sans personne, simplement avec lui-même, sans jamais jamais tourner en rond. Il est très très bon celui-là !

    Répondre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s