L’homme noir

J’avais laissé passer le premier roman de l’italien Luca Poldelmengo. Je me rattrape avec le suivant : L’homme noir.

l'homme noir.inddMarco est flic. Parce que son père qui fut un ponte dans la maison l’y a obligé. Et Marco n’a jamais su lui dire non. Sa seule révolte consiste à être le flic le plus nul de Rome. Pas embêtant, très peu corrompu, juste complètement amorphe.

Gabriele est très ambitieux. Gérant d’une chaîne d’hôtel il rêve de rentrer enfin dans la haute société romaine. Et il est sur le point d’y arriver, grâce à son mariage avec Ginevra Colonna, la propriétaire des hôtels. Parfois Marco lui rend de petits services, à la limite de la loi. Et Fabiana, la sœur de Marco travaille pour lui, dans un de ses hôtels.

Filippo rame pour s’en sortir avec sa femme et sa fille. Petit dealer, il a fait un peu de prison, puis s’en est sorti, et est maintenant chauffeur et homme à tout faire de Gabriele. Ce qui suffit à peine à le maintenir à flot.

Un soir Fabiana est tuée par un chauffard alors qu’elle se rendait à un rendez-vous en scooter. C’est un choc pour Marco qui décide, pour une fois, de faire un vrai boulot de flic et de retrouver l’assassin. Quitte à mettre les pieds dans le plat.

Chapitres courts, écriture épurée, pas de grands effets, pas de leçon ni de démonstration mais la description quasi-clinique d’une société italienne profondément corrompue. Profondément, non pas par l’ampleur d’une corruption qui serait généralisée. Profondément parce que les petites compromissions, les égoïsmes, les lâchetés, le manque de valeurs et de sens collectif semblent totalement naturels aux personnages.

Aucune remise en question, jamais, aucun remord, aucune hésitation ou presque. Chacun commet ses petites ou grandes saloperies avec un seul objectif en tête : soi-même. C’est très bien décrit, très efficacement construit et c’est glaçant. Le tout en 200 pages découpées en chapitres très courts diablement efficaces. Chapeau.

Luca Poldelmengo / L’homme noir (L’uomo nero, 2012), Rivages/Noir (2015), traduit de l’italien par Patrick Vighetti.

14 réflexions au sujet de « L’homme noir »

  1. LE DU

    J’aurais du fuir le bouquin à touts jambes (il est venu à moi les bras grand ouverts, c’est le cadeau 813)… J’ai été très déçu et par l’histoire et par le style du traducteur. Sur l’Italie, Cesare Batisti, les coulisses obscures (ce n’est pas un roman) apporte un regard autrement plus profond. A mon humble avis…
    Cordialement,

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Je n’ai pas lu ce livre de Cesare, mais je ne crois pas que l’auteur ici ait l’intention de porter un regard argumenté ou même critique sur l’Italie, il décrit « juste » une situation de plus en plus pourrie et corrompue, juste par l’exemple, sans tenter de rien expliquer ou analyser. mais je comprends que son parti pris minimaliste puisse décevoir.

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      1. LE DU

        Ça m’apprendra à être clair… J’ai oublié les guillemets. Le titre du bouquin est « Cesare Batisti, les coulisses obscures » de Carlos Lungarzo (un universitaire brésilien engagé dans la défense des droits de l’homme) et c’est une enquête très fouillée de l’affaire en question dont il ressort que suivant la formule consacrée, la réalité dépasse la fiction. Mes excuses pour ce manquement…

  2. Christian

    Juste en passant, j’ai voulu voir à quoi ressemblait Luca Poldelmongo, et j’ai découvert qu’il s’appelle Luca Poldelmengo. 😉
    A découvrir tout de même.

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  3. Meyer Meyer

    Au contraire de LE DU, j ai trouvé le bouquin très bien. Un livre qui a le culot d attendre sa moitié pour arrivé au crimes annoncé en 4e de couverture et bien c’est gonflé. De courts chapitres un style nerveux font qu’on ne lâche pas le bouquin. Bien sûr des esprits chagrins diront que l’intrigue n est pas très élaborée mais peu importe, tout est dans le style et dans le rythme. Encore une découverte due à ce blog. Merci à l’actu du noir de m’avoir fait lire l’homme noir

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      De rien, c’est fait pour.
      Ensuite, l’auteur ayant un parti pris stylistique très marqué, normal qu’il ne convainque pas tout le monde. Je comprends qu’on puisse rester extérieur, mais moi j’ai été impressionné.

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  4. Meyer Meyer

    Je viens de lire le 1er livre de Podelmengo, « les salaires de la haine ». On y retrouve la même écriture : chapitres très courts, nombreux personnages (ancien cycliste devenu SDF qui vit avec son chien, prostituée africaine, ex-brigadiste qui sort de prison, fils de ce dernier adopté par un membre de l’Opus Dei, ce type de l’Opus Dei à la vie beaucoup moins lisse qu’il n’y paraît, petit malfrat, jeunes fils de bourgeois désoeuvrés, …) qu’un événement tragique (jet de pierre sur une voiture) va se faire croiser et déclancher la violence. C’est court, ca se lit vite et c’est bien mais si c’est moins abouti que « l’homme noir »

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