Dieu Jr est grand, Carlos Salem est son prophète.

Cela commençait à faire un moment qu’on l’attendait, Carlos Salem est de retour avec Le plus jeune fils de Dieu.

Salem-DieuLe narrateur, surnommé Poe, est poète et vit à Madrid. Il est persuadé d’être un roi Midas à l’envers qui change tout ce qu’il touche en merde. Déprimé mais plus dans la dèche depuis que, pour rire, il a écrit sous pseudo un roman érotico-cucul, genre qu’il méprise copieusement. Croyant faire une farce, il se retrouve best-seller et se présente comme le secrétaire particulier de la supposée auteur … Enfin tout cela l’assure de ne jamais manquer de bières.

Tout se complique quand deux journalistes de ce que la presse compte de plus vulgaire sont assassinés de façon très imaginative, et qu’on trouve près de leur cadavre un petit mot disant : « Maintenant vous allez me croire. Mais il est trop tard ». Or ces deux vautours avaient, trois ans auparavant, participé à une émission télé qui s’était terminée par l’assassinat médiatique d’un allumé se prétendant le petit frère de Jésus, le plus jeune fils de Dieu. Et Dieu Jr était un pote de Poe. Voici donc Poe lancé dans la quête de la vérité pour disculper son ami que tout accuse. Il part à la recherche des anciens disciples, de Mariah, la redoutable mère de Dieu Jr, et de Madeleine, un trans qui fut son grand amour. Tout cela avec l’aide d’un privé qui ne manque pas de ressources, un certain Arregui. Bien entendu, tout va partir en sucette …

Yeepee ! Le grand Salem est de retour. Sa version de la vie de Jésus, que lui-même appelle « Un évangile de bière-fiction » devrait être un simple exercice de style potache, un machin un peu rigolo où il s’amuse à transporter de façon plus ou moins irrévérencieuse et iconoclaste l’évangile dans notre monde surmédiatisé. Il devrait. Mais comme Almodovar qui arrive à faire un grand film là où d’autres feraient d’abominables mélos dégoulinants de vulgarité, Carlos Salem transforme la pantalonnade en véritable roman qui vous fait réfléchir, vous fait rire (ou sourire) et pourrait presque vous tirer les larmes.

Alors oui, il y a un côté sale gosse à transformer Marie et virago hippie, divorcée et remariée avec un certain George S. Atan, à faire de Dieu Jr un homme frustré parce que sa divinité, malheureusement, est concentrée dans … une bite lumineuse qui convertit immédiatement toute femme qui la voit et l’envoie directement dans les ordres (ce qui est fâcheux pour la vie sexuelle de Jr) etc … Mais sale gosse talentueux car tout ça est bien trouvé et c’est rigolo !

En plus de la rigolade, il y a la description au vitriol de la presse et de la télé poubelle, de la religion, de la vacuité d’une partie de la société. Une critique sans pitié qui ne veut pas dire que le roman est uniquement un roman à charge. Il y a aussi de très belles pages sur la folie, sur l’écriture et sur ce que devrait être l’exigence de l’écrivain vis-à-vis de son art, sur la culpabilité. Et comme toujours chez Carlos Salem, de belles descriptions de bars et d’ambiances de quartiers, et bien entendu l’amour sous toute ses formes, de la plus fleur bleue à la plus sensuelle.

Une vraie réussite, une de plus, du funambule argentino-madrilène.

Carlos Salem / Le plus jeune fils de Dieu (En el cielo no hay cerveza, 2012), Actes Sud/Actes Noirs (2015), traduit de l’espagnol (Argentine ?) par Amandine Py.

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