Frank Decker, nouveau personnage de Don Winslow

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de roman de Don Winslow, et ça me manquait. C’est chose faite avec ce qui pourrait ressembler au début d’une série : Missing : New York.

WinslowFrank Decker est flic à Lincoln, une petite ville du Nebraska. Jusqu’au jour où il se rend chez Cheryl Hansen. Sa petite fille, Hailey, cinq ans, a disparu du jardin, le temps que Cheryl rentre chercher un paquet de cigarettes. La police, les voisins, même FBI font ce qu’ils peuvent, pendant quelques jours. Puis abandonnent. Mais pas Frank qui démissionne, quitte sa femme (son couple battait de l’aile) et part sur les routes, sillonnant le pays, derrière la moindre piste.

Il finit par en trouver une qui lui donne un tout petit espoir …

C’est certain, ce n’est pas du niveau du chef d’œuvre de Don Winslow, La griffe du chien. Mais si on ne devait lire que des romans de cet acabit on ne lirait pas beaucoup. On ne retrouve pas non plus la recherche stylistique de ses romans les plus allumés comme Savages ou Cool. Cette fois, avec la mise en place d’un nouveau personnage, Don Winslow fait dans le sobre mais efficace.

Ce Frank Decker, et un certain nombre de personnages qui l’accompagnent ou qu’il croise, comme Cheryl la mère de la gamine disparue, ou ceux qui l’aident spontanément ici où là, me font beaucoup penser aux américains mis en scène par une autre grand George Pelecanos. Des gens simples, qui tentent de vivre décemment et dignement, des gens qui ne sont ni des truands, ni des marginaux, ni des stars de papier glacé, des gens dont on ne parle jamais … Très américain comme démarche.

Ca c’est pour la première moitié du roman. Quand Franck arrive à New York et se rapproche de la solution, on bascule dans un autre monde : Celui de ceux qui ont une fortune qui les place au-dessus des lois, au-dessus de la morale, de ceux qui peuvent tout acheter et n’ont pas de limite. Sauf Frank Decker heureusement …

Le choc entre ces deux mondes, Don Winslow nous le raconte avec le savoir-faire qu’on lui connait. Une écriture, « évidente » qui coule toute seule, un grand sens du rythme et du suspense, et des dialogues qui claquent. Un vrai plaisir de lecture au premier degré. Du grand classique comme on l’aime.

Don Winslow / Missing : New York (Missing : New York, 2014), Seuil/Policiers (2015), traduit de l’anglais (USA) par Philippe Loubat-Delranc.

36 réflexions au sujet de « Frank Decker, nouveau personnage de Don Winslow »

  1. Ingannmic

    Je crois avoir lu dans Le Monde, à l’occasion d’un article sur Quais du polar, qu’il s’agissait d’une 1er volet d’une trilogie.
    Il y était également question de la préparation d’une suite à La griffe du chien (que j’ai lu sur tes conseils, et adoré, je l’ai ensuite diffusé largement…).

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      1. actudunoir Auteur de l’article

        mes préférés ensuite : Savages, La patrouille de l’aube et quelques Neal Carey (mais ceux là doivent être durs à trouver ailleurs que chez les bouquinistes).

      2. belette2911

        Savage, je l’ai, la patrouille, j’ai celle des Castors, mais ça va pas l’faire, je le sens bien… Neil Carey, je ne vois pas, mais comme les bouquinistes doivent en avoir, je ferai mes fouilles chez eux 😉

      3. actudunoir Auteur de l’article

        Neal Carey c’est le premier privé inventé par Winslow, ça paraissait à la série noire, j’ai un excellent souvenir de « Au plus bas des haute solitudes » et je me souviens d’avoir plusieurs fois éclaté de rire dans « A contre courant du grand toboggan ».

  2. spaghetto vongole

    Je vais me pencher dessus, Winslow est rarement décevant. Et, excellente nouvelle, « The Cartel » suite de « La griffe du chien » sort en juin aux USA ! Je commence un peu à comprendre ce que ressentaient les fous furieux qui dormaient dehors en attendant le nouvel « Harry Potter » (toutes proportions gardées)

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  3. visionsnocturnes

    Sans déconner ! Une suite à la griffe du chien ! C’est bien plus qu’une bonne nouvelle. Pour ce qui est du Missing : New York, il me fera patienter… Don Winslow se lit toujours avec plaisir, du moins pour ma part.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      C’est vrai qu’une suite à la griffe du chien c’est très très tentant. Et j’aimerais bien aussi retrouver le privé glandeur de La patrouille de l’aube.

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      1. spaghetto vongole

        Il y a une suite à « La Patrouille de l’aube », qui s’intitule  »L’heure des Gentlemen ». Sensiblement moins réussi, à mon avis, même si largement recommandable.

      2. actudunoir Auteur de l’article

        Oui, recommandable mais quand même moins bien, je suis d’accord. C’est pourquoi je ne l’avais pas cité dans les premiers titres.

  4. wollanup

    Oui,oui,la référence à Pelecanos pour la première partie,c’est bien trouvé.J’aurais pu,dû y penser.Et dans ce cas-là ne pas oublier le Price de « Souvenez-vous de moi » non plus.

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  5. brice

    J’en suis pile-poil au milieu – SPOILER – quand Frank fouille la ferme des deux hippies, avant le départ pour New-York. Ou je devrais plutôt préciser que le petit interlude entre les deux m’a mis sur les genoux.
    Toutes proportions gardées, cela me rappelle l’état dans lequel je me suis retrouvé au moment de la scène – SPOILER – de la benne à ordures dans le Police de Nesbo.
    Et ça m’a fait me souvenir de votre article sur le susdit Police dans lequel vous évoquiez le fait que certains avaient un peu de mal avec les « ficelles » mises en place par Nesbo.
    En ce qui me concerne j’ai une énorme admiration pour ces auteurs qui, sous des formes ou des thèmes excessivement classiques, en sont arrivés à une telle maîtrise qu’ils savent à tout moment quel est le ressenti du lecteur face aux personnages et au récit qu’ils ont mis en place.
    Je ne peux m’empêcher de les imaginer en train de taper alors la phrase qui fait mouche, le paragraphe qui atomise, avec un petit sourire en coin et en murmurant « Got you ! »
    Bref, tout ça pour dire que sous des dehors bien plus classiques que ses opus récents, ce « petit » Winslow là me semble être la brillante démonstration du niveau atteint par le monsieur.
    J’y retourne.
    New-York nous voilà !
    🙂
    P.S : vivement Cartel.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Pareil pour moi, j’admire ce travail « d’artisan » qui semble si facile mais qui demande un métier incroyable. Un des maîtres du genre était pour moi Elmore Leonard.
      Et oui, vivement Cartel.

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  6. Jeanphi

    Lecteur assidu de ton blog, j’me demande encore comment j’ai fait pour passer à côté de « la griffe du chien ». Comment c’est possible. J’m’y attelle dès ce week-end.

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