Claire DeWitt, nouvelle dure-à-cuire (ou à bouillir)

J’avais lu de bonnes critiques sur La ville des morts de Sara Gran. Encore fallait-il trouver le temps de le lire. C’est chose faite, je n’ai absolument pas regretté.

Gran-MortsClaire DeWitt est privée. Une privée une peu spéciale que les clients, en général, ne reviennent pas voir tant elle ne transige pas avec la vérité, aussi désagréable soit-elle. En plus Claire a ses méthodes, un peu … étranges, qui s’accommodent fort de toutes sortes de boissons alcoolisées, de substances plus ou moins interdites et d’un poil de divination.

Claire ne pensait jamais revenir à la Nouvelle-Orléans, ville où elle avait tout appris avec Constance Darling. Constance qui est morte bêtement, abattue à la terrasse d’un restaurant. Elle-même ne sait pas pourquoi elle accepte d’essayer de retrouver un procureur, très honorablement connu en ville, disparu dans les jours qui ont suivi Katrina. Son neveu s’inquiète, mais est-il prêt à entendre tout ce que Claire va découvrir dans une ville livrée au chaos ?

J’avoue avoir eu un tout petit peu de mal, au début, aux premières incursions de Claire dans le monde de la divination, loin du rationnel qui est habituellement le quotidien des privés (sauf Parker je sais). Mais cela n’a absolument pas duré, car il s’avère que cette légère touche de fantastique est parfaitement adaptée à une ville qui oscille entre rêve et cauchemar. Il faut aussi dire que Sara Gran manipule ce fantastique avec autant de brio que John Connolly.

L’intrigue est bien menée, le suspense fonctionne, c’est le minimum syndical, il est assuré, mais le roman vaut surtout pour ses personnages, tous ses personnages.

Claire bien sûr, avec ses fantômes (et on sent qu’elle et le lecteur n’en ont pas fini avec eux), dure, pénible et fragile en même temps. Un pur personnage hardboiled, increvable et pourtant émouvant. Un cliché que l’auteur prend à son compte, tort dans tous les sens, pour en faire un personnage unique et extrêmement attachant.

On a ensuite de magnifiques portraits d’ados en perdition. Pas des portraits angéliques, pas des portraits à charge, pas des portraits larmoyants qui excusent tout. Non des portraits très justes qui démontrent une belle empathie et une très bonne compréhension de ces gamins qui n’ont eu aucune chance dans la vie, et que Katrina n’a fait qu’enfoncer un peu plus.

Et pour finir quelle peinture de la ville ! Une ville meurtrie, massacrée, oubliée, dévastée … une ville qui prend aux tripes, fend le cœur et met en rage. Et cela sans apitoiement ni pleurnicherie. Ce n’est ni le style de Claire, ni visiblement celui de l’auteur. C’est plutôt l’indignation, la vitalité et la rogne qui dominent. Avec même quelque beaux rayons de soleil, rares certes, mais d’autant plus inoubliables.

Un très beau début de série, et vivement la suite qui existe déjà en anglais si j’ai bien compris.

Sara Gran / La ville des morts (Claire DeWitt and the city of the dead, 2011), Le Masque (2015), traduit de l’anglais (USA) par Claire Breton.

3 réflexions au sujet de « Claire DeWitt, nouvelle dure-à-cuire (ou à bouillir) »

  1. Nicolas

    Sara Gran, j’avais lu son-thriller-chez-Sonatine, qui était dans la lignée des-thrillers-chez- Sonatine, soit un bon pitch étiré en longueur avec des personnages interchangeables et vite oubliés…
    donc sur le nom, bof
    De plus, a comparaison avec Connolly m’effraie un peu, j’ai toujours été très circonspect à son égard…

    Et pourtant celui-ci m’attire, le décor NO post Katrina désolé me tente bien : une « Robichaude » dans les bayous de True Detectice en somme; et une héroïne récurente…

    Merci du conseil

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Là les personnages ne s’oublient pas.
      Et la référence à Connolly, c’est juste pour l’utilisation du fantastique. mais elle est très différente ici, les thématiques sont différentes, c’est juste que, comme lui, elle arrive à sortir légèrement du rationnel sans utiliser la facilité du fantastique que résoudrait tout.

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  2. wollanup

    Une superbe réussite,ce roman,une atmosphère et des personnages étonnants.
    Vraiment beau et rien à voir avec Robicheaux.

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