Fin de La Culture

C’est fini. C’était le dernier roman de Iain M. Banks, le dernier roman se déroulant dans un des univers les plus géniaux de la SF, la Culture. Un roman magistral, La sonate hydrogène.

Banks-sonateLes Gziltes sont des humanoïdes assez proches de la Culture, même s’ils n’en ont jamais fait partie. Leur civilisation approche de sa fin : ils s’apprêtent à sublimer, comme des millions d’autres avant eux. Sublimer : rejoindre cet état hors du Réel où la vie est infiniment plus riche et complexe et dont personne n’est revenu.

24 jours avant l’échéance, alors que de nombreuses civilisations sont en train de converger vers la planète principale des Gziltes pour assister aux cérémonies finales, un de leur quartier général militaire est entièrement détruit. Auparavant un vaisseau de la Culture avait observé un événement étrange … Cela risque-t-il de reporter la sublimation ? Et quel est le rapport avec un homme, un mythe, qui serait aussi vieux que La Culture elle-même ? C’est ce que quelques vaisseaux, leurs mentaux, et une musicienne Gzilte vont tenter de découvrir, avant la date fatidique.

Voilà, c’est le dernier. Il est génial, intelligent, passionnant, subtil, émouvant et drôle. Comme les autres. Et époustouflant dans son imagination, l’ampleur du propos et du décor, dans sa façon de parler de nous, de nos problèmes individuels et collectifs, en se situant dans un univers tellement éloigné du notre. Impressionnant dans sa façon de traiter des questions profondes, avec humour et sans jamais sembler se prendre au sérieux.

Pour ce faire le filtre des Mentaux, ces IA génialissimes qui sont les maîtres à bord de vaisseaux aux noms délicieusement british « Les Contenus Peuvent Varier » ou « Je Passais Dans Le Coin Et J’ai Vu De La Lumière », voire « Juste La Notice De Lavage Dans La Riche Tapisserie De La Vie » ou « Choc Frontal » est parfait : Leur intelligence en a fait des Dieux facétieux, pas pédants pour un sou, et terriblement drôles.

Drôles et sans la moindre illusion sur l’univers, et sur nous. Mais ils ne sont pas les seuls à ne pas se faire d’illusion sur une nature humaine qui, pourtant, devrait avoir fortement progressé. Voici ce qu’en pense cet homme, vieux comme La Culture, que tous recherchent :

« Cependant, à part l’horreur et le désespoir, il y a une autre réaction possible à l’incessante pléthore d’idioties sans aucune originalité que la vie nous balance avec une telle régularité erratique. (…)

Une sorte de jubilation. Une fois qu’on s’est remis de la dépression provoquée par la prise de conscience que, quoi qu’il arrive et sans doute pour toujours, les gens continuent d’être stupides et cruels les uns envers les autres (…) on change d’attitude et on se dit (…) voyons un peu ce que ces lourdauds vont réussir à inventer pour s’infliger de nouveaux tourments. (…)

Il n’y a que nous, les types légèrement malveillants, qui réussissons à survivre à cette prise de conscience, et à trouver une sorte de plaisir – ou du moins de satisfaction – à regarder comment la dernière génération, ou l’espèce tout récemment évoluée, trouve le moyen de redécouvrir et reparcourir les sentiers battus menant au désastre, à l’ignominie et à la honte, alors que nous avions naïvement cru qu’ils étaient devenus impraticables.

– Donc au fond, vous restez dans le coin pour nous regarder nous foutre dans la merde ?

– Oui. C’est une des rares constantes garanties de la vie. »

Et puis on ne peut s’empêcher d’être émus, très émus, par le récit de la fin d’une civilisation qui s’apprête à quitter le réel pour aller vers un autre état, avec les doutes, les sursauts mais aussi les expectatives du dernier moment. Emus car c’est le récit d’un homme qui savait que c’était son dernier livre, parce qu’on ne peut s’empêcher d’y voir un testament, le récit d’une fin pas toujours paisible. Et émus par ce final, ces six pages, après les 700 autres ; six pages qui sonnent, malgré tout, comme un hymne à la vie.

La magnifique conclusion d’un cycle incontournable.

Iain M. Banks / La sonate hydrogène (The hydrogen sonata, 2012), Livre de poche (2014), traduit de l’anglais (Ecosse) par Patrick Dusoulier.

4 réflexions au sujet de « Fin de La Culture »

  1. Ultrarat

    En écho à ton bel hommage au créateur de la Culture, il y celui d’Elon Musk le PDG de Space X. Il s’efforce (en vain jusqu’ici) de récupérer sur des barges le premier étage des fusées que sa boîte envoie dans l’espace. Et les barges en question sont des drones flottants qu’il a choisi de nommer « Just Read The Instructions » et « Of Course I Still Love You ». Deux vaisseaux qui apparaissent dans L’Homme des jeux. Pas mal, pas mal.
    J’ajouterais une citation bien désespérée pour une œuvre qui aura réussi à hisser le space opera au rang de tragédie grecque. C’est tiré d’Une Forme De Guerre (pourquoi n’ont-ils pas garder en titre le superbe Consider Phlebas ?) : « Je trouvais mes cauchemars vraiment horribles jusqu’à ce que je me réveille et me souvienne à quoi ressemble le monde réel. »
    Ciao Iain. Pas plus que toi je ne crois à une vie après la mort. Mais rêvons quand même qu’avec un peu de chance on se retrouvera pour prendre un verre sur une rive du Monde Du Fleuve.

    Répondre
      1. Amandine

        Je n’ai jamais lu cet auteur, ton éloge pour ce livre donne envie, je le note. Y a-t-il un qu’il est préférable de lire pour découvrir l’auteur ?

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