Au nom du père, ou du fils.

Je continue chez néonoir, avec le second roman de Benjamin Whitmer, déjà remarqué chez Gallmeister avec Pike. Cry father confirme, Benjamin Whitmer est un grand auteur.

WhitmerDepuis la mort de son fils, emporté très jeune par la maladie, Patterson Wells travaille la moitié de l’année comme élagueur dans toutes les zones sinistrées du pays. L’autre moitié, il rejoint sa cabane, en montagne du côté de Denver, et boit, seul, en essayant de voir le moins de monde possible.

Henry serait presque un ami pour Patterson (si Patterson avait des amis …). Un vieil homme hanté lui aussi par ses fantômes, et harcelé par son fils Junior qui a une sacrée dent contre lui. Etonnamment, Junior et Patterson semblent s’entendre, assez au moins pour faire quelques virées ensemble. Malheureusement, Junior est dealer et adore la bagarre. L’association des deux hommes ne peut que finir en catastrophe.

Attention, c’est rugueux ! Nous sommes dans un monde d’hommes rudes, qui passent d’une gueule de bois à des lendemains de came, se réveillent régulièrement sans trop se souvenir de qui leur a mis la tête comme un compteur à gaz, et recommencent avant que toutes les plaies soient refermées.

C’est une lente spirale autodestructrice, avec quelques rayons de soleil qui ne sont là que pour souligner la noirceur du reste, pour mettre en lumière la joie, le bonheur ou le simple plaisir de relations humaines chaleureuses qui semblent totalement hors de portée de Patterson et Junior.

Le pire c’est que l’écriture au raz des êtres humains de l’auteur nous les fait aimer ces deux fous furieux. Et du coup le lecteur souffre. Il comprend les raisons de leur folie et de leur désespoir, et sent bien que tout cela va mal se finir. Avec eux il enchaîne les actions destructrices, faisant systématiquement les mauvais choix, lucidement, mais sans pouvoir s’en empêcher.

Une fois le livre refermé, le lecteur peut aussi s’interroger sur ses propres expériences de père, de fils … et plus généralement son rapport aux autres qui, heureusement pour lui, ont toutes les chances d’être plus sereines que celles de ces deux personnages !

Ajoutons que ce Cry father fait parfaitement le lien entre la nouvelle collection neonoir et le catalogue habituel de chez Gallmeister tant les quelques pages décrivant la nature dans laquelle se réfugie Patterson peuvent être belles et sereines.

Une nouvelle réussite de cette maison et la confirmation du talent de Benjamin Whitmer, que l’on attend de retrouver avec impatience.

Benjamin Whitmer / Cry father (Cry father, 2014), Gallmeister/Néonoir (2015), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Mailhos.

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