Le déluge et l’arche de Cohen

Première petite déception chez Super 8 avec Une pluie sans fin, roman apocalyptique de Michael Farris Smith.

Farris SmithKatrina n’a été que le premier ouragan d’une série sans fin. Devant la catastrophe, le pays a tracé La Limite. Au sud, les habitants ont été évacués, et c’est le no man’s land : plus rien n’est entretenu, il n’y a plus de loi ni de services. Pourtant quelques personnes ont décidé de rester. Cohen fait partie de ceux-là. A la mort de sa femme enceinte, il a décidé de ne pas quitter leur maison. Et il survit dans un monde inondé et noyé sous la pluie, en ayant le moins de relation possible avec ses semblables.

Jusqu’à ce qu’il se fasse agresser et qu’il tombe sur un camp dirigé par un pasteur (ou prétendu tel) qui retient un groupe de femmes en esclavage. Malgré lui, il va se retrouver en charge du groupe, en route vers la Limite.

Commençons par tordre le cou à la quatrième de couverture : Non, tout roman apocalyptique n’est pas une nouvelle mouture de La route de Cormac McCarthy. Et moi si je rédigeais les quatrièmes, j’éviterais soigneusement les références trop écrasantes. Parce que là où le bouquin glaçant de McCarthy est une lente dérive sans espoir et sans fin dans un monde où plus personne n’attend rien, plus personne n’échange rien et où les seuls rapports humains sont des rapports de pure prédation (au sens animal du terme), Une pluie sans fin est un roman beaucoup plus classique, avec un décor post-apocalyptique (très bien rendu), et une histoire et des rapports humains finalement très classiques. Et qui est très loin d’avoir la force du soi-disant modèle.

Alors pourquoi un peu déçu ? Difficile à dire, mais je crois qu’il y a un manque de force des personnages. En gros, je me fiche un peu de ce qu’il peut leur arriver. J’aurais dû souffrir avec Cohen, ressentir son manque, les flashbacks sur sa vie devraient rendre sa situation présente poignante, et non. Et puis il y a quelques points qui me titillent : Que font donc les paumés qui vivent sous la limite avec des dollars ? A quoi sert l’argent dans ce monde ? Et à part l’envie de domination, quel est le projet du pasteur gourou ? C’est peut-être ça aussi le problème, un manque de cohérence, ou de profondeur dans ce qui active les différents personnages.

Ensuite, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain (ouaf !). Ce n’est pas non plus un mauvais roman. Il se lit avec plaisir, certaines péripéties sont bien vues, il y a même un ou deux coups de théâtre qui m’ont surpris.

Et surtout sa plus belle réussite réside dans le décor. Là il n’y a pas tromperie sur la marchandise. La pluie, l’eau partout, tout mouillé sans jamais la possibilité de se sécher, l’absence d’horizon, la force des vents, l’impuissance de l’homme quand la nature est déchaînée … Tout cela est très bien décrit et fait que l’on se laisse prendre.

Michael Farris Smith / Une pluie sans fin (Rivers, 2013), Super 8 (2015), traduit de l’anglais (USA) par Michelle Charrier.

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