La nouvelle quadrilogie de James Ellroy

J’ai attendu les vacances pour attaquer le pavé de James Ellroy. Il fallait bien ça pour lire Perfidia.

perfidia.indd6 décembre 1941, Los Angeles. La tension avec le Japon est à son comble, les nombreux immigrants japonais de la ville dans le collimateur des forces de justice et de police. Les quatre membres de la famille Watanabe sont découverts, éventrés, dans ce qui ressemble à un suicide très japonais. Le lendemain, c’est l’attaque de Pearl Harbour. L’hystérie nationaliste fait passer ce meurtre au dernier rang des préoccupations du LAPD.

Mais pas pour tout le monde. Hideo Ashida, qui est en train de jeter les base de la police scientifique de la ville, Duddley Smith qui sent qu’il y a quelque chose de louche et de lucratif derrière, William Parker fanatique religieux et alcoolique qui veut devenir chef de la police de la ville … Et bien d’autres, gauchistes, racistes, fascistes, traitres, activistes, opportunistes, fanatiques, loyaux, corrompus … Dans le chaos de la guerre naissante toutes les dérives et toutes les horreurs deviennent possibles.

On ne peut pas régler le sort de ce pavé de plus de 800 pages en quelques lignes. D’autant plus que mon impression est mitigée. Et étrange.

Par rapport à certains autres romans du grand James, j’ai trouvé un manque de quelque chose, quelque chose de très compliqué à définir. On ne peut pas lui reprocher le manque de souffle ou de puissance, et pourtant c’est un peu ce qu’on ressent. Cette lecture fut étrange. Je m’essoufflais au bout de quelques chapitres, refermais le bouquin, mais ensuite il me tardait toujours de m’y replonger.

Accroché par l’intrigue, par la multitude de personnages, par l’ampleur du tableau, dès que je le fermais j’avais envie de m’y remettre pour poursuivre la saga. Mais une fois dedans, j’étais un peu asphyxié, submergé par les quantités d’information, et il me manquait un élan qui permette de continuer à chevaucher la vague. J’étais noyé dans l’écume et obligé d’arrêter un moment. Etrange, comme si Ellroy avait toujours son immense capacité à tresser les multitudes de destin dans la trame de la grande histoire, mais manquait un peu de romanesque.

Tout cela c’est pendant la lecture. Ensuite, quand on ferme définitivement la livre, on reste quand même impressionné par l’ambition du projet, la complétude et la complexité du tableau dans lequel l’auteur ne se perd jamais, malgré la multitude des personnages, des points de vue et des thématiques traitées. Impressionné aussi par la quantité de choses que j’ai apprises, sur les réseaux fascisant aux US, sur la vie à cette époque, sur les internements de citoyens américains d’origine japonaise … Et impressionné également par la façon dont Ellroy reprend une quantité de personnages déjà croisés dans ses livres précédents, à se demander s’il a des fiches ou si ces personnages vivent en permanence en lui.

Pour résumer, une lecture difficile, exigeante, pas aimable (on s’en doutait bien !) mais assez impressionnante, même si je n’ai pas eu la sensation de retrouver pleinement le grand James.

James Ellroy / Perfidia (Perfidia, 2014), Rivages/Thriller (2015), traduit de l’anglais (USA) par Jean-Paul Gratias.

16 réflexions au sujet de « La nouvelle quadrilogie de James Ellroy »

  1. lectriceencampagne

    C’est très intéressant ce que tu dis, j’ai souvent ressenti ce dont tu parles, avec certains livres ( peut-être bien celui que je lis en ce moment, pas un polar ), on ferme le bouquin assez vite, mais on le reprend aussi vite parce qu’il y a un truc qui nous tire et on veut savoir quoi. Cet Ellroy est dans ma liste, l’idée d’une lecture que tu définis très joliment de « pas aimable » me tente vraiment beaucoup et ça Ellroy sait faire, le « pas aimable »! Après l’été, trop rempli d’autres choses, le cerveau un peu en friche, mais je le lirai. Bien aimé ton article, bien personnel

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  2. collectifpolar

    Mitigée et étrange…
    Je crois, aussi, que j’arrive à comprendre ton ressenti.
    On attends toujours énormément d’un tel monstre sacré. Il nous a mainte et mainte fois prouvé sa valeur, son savoir faire.
    Alors oui parfois l’attente était trop grande par rapport à l’auteur et du coup une certaine frustration s’empare de nous et nous laisse un peu sur notre faim.
    C’est pour cela que j’hésite à me lancer dans la nouvelle aventure Ellroy.
    Et puis les précédents ne m’en pas tant emballée que ça, alors …
    Mais merci cher Jan Marc pour cette très belle chronique.

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  3. Clement

    Je suis en plein dedans depuis deux mois environ (j’approche des 600 pages) et je ressents les mêmes sensations que toi. à mon avis le roman est trop dense. J’ai l’impression qu’à chaque page on me parle de dix personnages différents donc forcément ça nuit au rythme. D’un autre côté il n’y a rien de trop. J’aurais du mal à enlever des phrases d’une page.

    Il aurait peut-être fallu doubler le nombre de page (pour la même histoire) mais le roman aurait gagné en rythme Quelle ambition aussi !

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  4. Alexandre MIMOUNI

    Bonjour Jean-Marc, je viens moi aussi de finir le livre après bien des pauses: lecture exigeante certes, intrigue touffue oui…mais une désagréable impression d’un auteur qui se caricaturerait presque. Les personnages emblématiques du quatuor de LA entrent en scène dans ce roman et c’est bien entendu un événement pour les passionnés d’Elroy (dont je fais partie depuis plus de 30 ans!) mais j’ai eu tout de même le sentiment d’un « système » d’écriture qui tourne en rond, qui se cite lui-même. Et puis « jouer » avec des artistes ou personnages célèbres frisent dans certaines pages le ridicule ….Bref déçu …mais aussi interloqué par la puissance narrative, par cette capacité à intégrer autant d’éléments dans son oeuvre! Alors peut être laisser « décanter » Perfidia pour mieux l’apprécier dans quelques années comme ce fut le cas pour ma part avec White Jazz.
    Amitiés « noires »

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Quant à moi, White jazz m’avait littéralement expulsé de l’œuvre d’Ellroy que j’adorais pourtant. Je n’y suis revenu que récemment. Là, malgré le malaise, je reste !

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  5. jeromejukal

    Bonjour Jean-Marc,
    J’ai eu la même impression d’essoufflement que toi. L’impression d’être moins emporté que par les romans précédents. On dirait que la mise en place de ce nouveau quatuor est plus difficile, plus laborieuse… Et même parfois qu’elle a destination que des habitués, avec tous ces personnages qui reviennent et s’enrichissent grâce à ce retour dans le passé.
    Impression en demi-teinte même si ça reste un roman d’Ellroy, j’y ai moins retrouvé la démesure des précédents, ça va venir. J »attendrai le pochain avec autant d’impatience que ceux d’avant.
    Amitiés.

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  6. noirc'estnoir

    Il m’a fallu plus de deux mois pour terminer « Pefidia » et je partage votre sentiment. Le livre est bien rythmé, dense et pourtant on a l’impression de ne pas avancer dans l’histoire. La force du « Grand nul part » est indéniablement absente et c’est peut-être ce qui manque pour que ce soit un Ellroy grand cru. En revanche, je pense au contraire que 800 pages, c’est beaucoup trop long

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