Une leçon d’humanité souriante en Alaska.

Je ne sais pas si c’est le meilleur roman de la rentrée (e d’ailleurs comment classer des romans ?) mais Un dimanche soir en Alaska de l’américain Don Rearden est sans conteste la plus belle surprise et la meilleure découverte de septembre.

ReardenSalmon Bay, un amas de cahutes, un dispensaire et un aérodrome minuscule sur la mer de Béring. Salmon Bay vit ses derniers instants, la rive est sapée par la mer et la fonte du permafrost fragilise le sol sur lequel repose le village. Alors qu’une grosse tempête s’annonce, Tiffany (la maire), Jo-Jo l’animateur de la radio locale, Angelic, Valerie, Ray, l’Embrouille, Josh, Junior, les soldats venus pour l’évacuation vers leur nouveau village vont vivre des moments agités, les derniers moments de Salmon Bay.

Voilà un roman enthousiasmant ! Un roman qui demande un petit effort au début, tant l’auteur jongle avec les personnages, les points de vue et les temps.

On commence avec le plongeon de Jo-Jo qui, passant par-dessus la roue avant de son vélo se retrouve dans le « lac » qui sert d’égouts au village. Commencent alors une série d’aller-retour temporels, on se rapproche de ce point de départ, on le dépasse, à peine, puis retour au passé … Il faut quelques pages pour bien intégrer le phénomène, après c’est un régal.

Avec une extraordinaire galerie de personnages. Entre les locaux, certains encore ancrés dans la tradition, d’autre lorgnant vers le monde moderne, les soldats venus les déménager, menés par une sorte d’allumé complet, raide comme un piquet qui va voir ses certitudes se craqueler, et un envoyé du gouvernement qui ne raisonne qu’en termes de coût et ne comprend pas que ces sauvages veuillent continuer à habiter une terre aussi inhospitalière.

Et puis, au fil de la journée (nous avons ici une belle unité de lieu, de temps et d’action) au fil des catastrophes, tout le monde va se trouver changé. Ou peut-être, plus simplement, tout le monde va se recentrer sur l’essentiel et se retrouver ou se découvrir. Les petits mystères vont être révélés, les petits secrets dévoilés, les masques tomber …

Et au final, face au drame, c’est l’humanité de chacun et la nécessité du collectif qui va s’imposer naturellement. Et quand c’est aussi bien raconté, avec autant d’humour, autant de sympathie pour les gens, tous les gens, autant de tendresse lucide, ça fait un bien fou !

Il y en aura peut-être pour ronchonner que c’est trop optimiste, que l’auteur se fait des illusions, que l’homme est foncièrement mauvais, que patin et que couffin. Ben moi je dis que, de temps en temps, mettre en scène des gens qui, face à l’horreur, se serrent les coudes, s’entraident pour « préserver ce qui importait le plus au monde » comme le dit la dernière phrase du bouquin, c’est bien et c’est beau. Surtout quand c’est fait comme ici sans mièvrerie. Et cela rappelle une évidence que nous avons tendance à oublier : face à des situations extrêmes, on ne peut se sauver que dans le collectif, en oubliant les intérêts particuliers.

Lisez Un dimanche soir en Alaska, je vous promets que vous ne le regretterez pas.

Don Rearden / Un dimanche soir en Alaska (Moving Salmon Bay, 2015), Fleuve (2015), traduit de l’anglais (USA) par Hélène Amalric.

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