On continue, malgré tout.

Depuis vendredi soir j’ai l’impression d’évoluer dans une sorte de brouillard. Impossible de me concentrer, de penser à autre chose qu’à cette barbarie absurde. Impossible de ne pas me demander comment on peut arriver à un tel point de vide, d’inculture, d’inhumanité, de bêtise, de haine … en arriver à envisager, à trente ans, de se faire sauter juste pour tuer des gens qui ne font que boire un coup en terrasse ou écouter de la musique. Impossible de ne pas haïr viscéralement les brutes perverses qui ont foutu le cerveau de ces abrutis à l’envers.

Impossible de ne pas pleurer à chaque minute de silence. Impossible de ne pas vomir les immondes de certains bords qui ont déjà commencé à se servir des morts pour pousser leurs idées puantes.

Mais heureusement aussi, impossible d’arrêter de vivre. Et donc, les mômes, leur parler, les accompagner à leurs activités, se réjouir de leurs éclats de joie. Le plaisir que ces barbares ne pourront pas nous ôter de manger au soleil (en buvant un coup de rouge). Les amis, demain les collègues …

Et c’est comme ça que, petit à petit, on peut recommencer à lire, à mettre les mains sur le piano, à rire ou sourire. Mais sans oublier, jamais.

C’est aussi pour ça que, bien entendu, je vais continuer, dès aujourd’hui, à parler des livres qui me font vibrer.

J’ai commencé à lire de bons billets sur Micron Noir de Michel Douard ici et là. Donc je me suis décidé à le lire. Pas mal du tout.

Douard2048, la guerre telle que nous la connaissons est terminée. Pour régler les conflits elle a été remplacée par la Nouvelle Guerre : Deux équipes, armées du même équipement, s’affrontent sur un immense plateau télé. La guerre est vraiment devenue un spectacle de téléréalité. Les soldats sont des stars qui vainquent la trouille grâce à une drogue de synthèse, le micron noir.

Le narrateur et son pote Gros Luc sont donc des stars, gagnent des fortunes et sont adulés. Jusqu’au jour où Gros Luc, intermédiaire dans un trafic de dope, double les vendeurs (une famille mafieuse redoutable) et les acheteurs (des soldats membres d’une milice chrétienne fanatique, favorable au retour de la « vraie guerre »).

Commence alors une cavale désespérée avec des hordes de tarés aux fesses.

Prenez une bonne louche de Wang de Pierre Bordage (pour sa guerre transformée en jeu-spectacle télévisuel), ajoutez une pincée de road movie à la sauce horde sauvage, un filet de trafic de drogue, une bonne poignée de folie, cuisez le tout dans une France asséchée, brûlée par le soleil.

Vous obtenez un bon polar-SF, une politique-fiction qui fonctionne. Qui fonctionne bien même. Parce que l’auteur évite de tomber dans l’action survitaminée et hystérique et prend le temps d’installer ses personnages, de leur donner une vraie personnalité. Parce qu’il évite d’en faire des héros tous puissants et ne gomme pas leurs contradictions.

Parce qu’il a le sens du rythme et sait trouver le bon tempo, passer quand il faut d’un personnage à l’autre, alterner les points de vue pour installer une tension. Et qu’il sait, quand il faut, faire tout péter !

Parce qu’il sait aussi planter en quelques paragraphes, en quelques dialogues, un futur possible, ou du moins vraisemblable le temps du roman, sans grands discours, mais avec suffisamment d’habileté pour qu’on soit en même temps dépaysés et en terrain reconnaissable.

Ce n’est pas un chef-d’œuvre, cela ne révolutionnera pas la littérature, mais vous avez là quelques heures de lecture agréable et intelligente.

Michel Douard /Micron noir, La manufacture des livres (2015).

23 réflexions au sujet de « On continue, malgré tout. »

  1. francoisbrondel

    Bonsoir, je viens justement de lire le premier bouquin du même Michel Douard, « Chinese Strike » (repris chez Pocket sous le titre « Mourir est le verbe approprié »). Ça se passe aussi en 2048, le guerre est aussi devenu un jeu télé, mais le centre du livre, c’est une maison de retraite pour très riches bien décidés à mourir dans le luxe, et tant pis pour le monde déglingué qui s’écroule de l’autre coté du mur. Pas le livre du siècle, mais une bonne lecture.

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  2. son

    Oui. Continuer, comme on sait si bien le faire. En n’oubliant pas. Mais ces barbares ne vaincront pas. Car notre force de vie est la plus forte.

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  3. lamf

    oui oui….on s’est exprimé sur le site et facebook sur ces attentats, maintenant il faut surtout réfléchir, du pourquoi du comment….Comment des jeunes peuvent en arriver là, ou est le point de rupture, que faisons nous depuis plus de cent ans géo politiquement parlant ?, nous européens, qu’avons nous faits de nos sociétés, nous avons crée le communautarisme, et la haine dans nos sociétés marchandes . On le savait, que cela arriverait on ne vas pas Impunément balancer une paire de bombes sur EI le jour de la résolution de l ONU. Cela fait combien de temps qu’on les laisse faire les barbares….Les dictateurs que nous avons placé soutenus pendant le guerre froide ne sont plus là….C’est bein de jouer aux échecs mais maintenant….Nous avons tué l’ Afrique et le moyen orient….J ai aussi peur pour mes amis musulmans….Les amalgames arrivent…vous faites quoi dans la vrai vie, mis à part voter, pauvres bobos que nous sommes….Le groupe Eagles de merde n’est même pas resté sur place, voir ses fans à l’hôpital, ils ne se sont pas exprimés depuis samedi….c’est représentatif de ce que nous sommes devenus….
    ce message n’est pas adressé à vous personnellement, mais j ‘en ai ma claque des beaux prêcheurs qui ne branlent rien….Bienvenue en enfer ce n’est que le début

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Oui pour réfléchir au pourquoi du comment. Mais sans tout mélanger.
      Comment ces jeunes en sont arrivés là, une des question à se poser, mais je ne penses pas que cela ait grand chose à voir avec notre politique extérieure. Ces jeunes sont français, nés en France, donc là ce sont des questions de politique intérieure qu’il faut se poser, de priorité de moyens … De société marchande, de valeurs poussées en avant tout le temps.
      pour les barbares extérieurs, certes il y a notre responsabilité. Mais aussi celle des gens qui les financent. Dont certains qui leur achète leur pétrole (forcément moins cher) juste pour enrichir un peu plus leurs actionnaires.
      Je réfute que le groupe Eagles soit représentatif de quoi que ce soit, sinon d’eux même. Et ceux qui sont descendus dans la rue donner un coup de main ? Et les volontaires qui affluent pour donner leur sang ? Et tous les petits mouvements de solidarité ? c’est peu, c’est juste une réaction, certes. Mais c’est une réaction de solidarité.
      Alors que faisons nous ? Ben on fait ce qu’on peut, chacun à son niveau. On éduque ses gamins, on parle, on essaie de partager des valeurs …
      Et ceux qui ont des idées concrètes et intelligentes pour faire davantage sont les bienvenus.

      Répondre
      1. JC

        vu l’état de notre politique intérieure… pas le temps de se pencher sur notre politique extérieure… et puis vu que ça ne tient pas qu’à la France (la Belgique, l’Angleterre… y en a pas mal qui vont commencer à flipper) il va peut-être enfin falloir se poser des questions sur le monde qu’on propose à nos jeunes et nos enfants et sur l’avenir qu’on leur réserve plutôt que de se demander comment se faire élire ou réélire et comment s’en mettre plein les poches. Parce que des désespérés qui vont bientôt être prêts à tout perdre, il y en a pas mal à mon avis…

      2. actudunoir Auteur de l’article

        Je suis bien d’accord avec ça. Et malheureusement, ça semble être très loin des préoccupations de ceux qui cherchent à se faire élire. Comme c’est très loin de ceux qui passent le temps à chercher comment et où ils vont payer le moins d’impots, comment ils vont gagner encore plus de blé, comment ils peuvent augmenter leurs bénéfices …

  4. lamf

    on en débattra devant un verre un jour, je suis ok avec toi tu apaises….c’est bien.
    je n’en démords pas que nos politiques extérieures ont ruiné ces pays…Le probléme est aussi externe…
    Une idée, la même que je maintiens depuis longtemps ne pas voter et la révolution, tout niquer, fin de nos pseudo démocraties, on va dans le mur,a donf, continuons !!!! tout va s’écrouler simplement, finalement, on aura même pas besoin de souffler sur le chateau de cartes
    A + l’ami

    quand tu veux tu sors de ton trou pour venir soit à sang d’encre soit au quai du polar ^^, je t’accueilerai avec plaisir

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Ben, tu peux aussi venir à Toulouse …
      Le problème pour les encore 3-4 ans à venir, c’est que la famille, le boulot, un peu de musique, et l’organisation du festival TPS m’occupent à un peu plus de 100 %.
      Mais, je viendrai, promis.

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    1. JC

      je suis libre comme l’air, je suis comme le sucre dans le lait chaud, je suis partout mais tu ne me vois pas et plus tu me cherches moins tu me trouves…
      et comme je suis pas sur facebook, j’ai pas eu accès au débat mais je t’aime quand même tu sais !
      excuse-nous Jean-Marc…

      Répondre

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