Campagne noire

J’ai croisé pour la première fois le très sympathique Benoît Minville lors du dernier festival toulousain où il était invité en tant qu’auteur jeunesse. Et je savais qu’il passait cette année chez les vieux, à la série noire. Ce Rural Noir était très attendu.

MinvilleAprès dix ans d’errance autour du monde, Romain revient dans son village de la Nièvre. Il espère renouer avec la gang : Chris son frère plus jeune de deux ans, Vlad, son meilleur ami, et Julie, celle dont ils étaient tous amoureux. Un gang qui avait commencé à se lézarder lors de l’été de ses 14 ans.

Romain a fui le village à vingt ans, juste après la mort accidentelle de ses parents. Depuis Chris a été soldat puis est revenu, il est marié avec Julie, et le jour de son retour Romain apprend que Vlad, qui trempe dans pas mal d’affaires louches, est dans le coma. Il a été tabassé à mort.

Ce qu’il reste du gang va se ressouder et se déchirer, les souvenirs de cet été remontent à la surface et les griefs liés à dix ans d’absence éclatent. Pour le meilleur ou pour le pire …

Nicolas Mathieu, Franck Bouysse, Anne Bourrel, Patrick Delperdange et maintenant Benoît Minville, pour ceux que j’ai lus … Il y a, c’est indéniable, de nouveaux auteurs de polar français (et belge) qui explorent la crise dans nos campagne. Avec beaucoup de talent. Rural noir ; c’est comme si le titre de ce dernier roman paru résumait à lui seul cette nouvelle « vague ».

Ceci dit, la question n’est pas de savoir s’il y a une nouvelle tendance, mais si ces romans sont bons. Et là, sans hésitation, la réponse est OUI !

Et elle vaut aussi pour Rural noir. Une construction classique, avec un événement traumatique passé, annoncé dès le départ, des alternances présent-passé, et deux mystères en parallèle : que s’est-il passé il y a une quinzaine d’années, que s’est-il passé aujourd’hui. Construction classique donc, mais classique ne veut dire ni ennuyeux ni facile. Benoît Minville mène son affaire de main de maître et fait monter le suspense et la tension.

Mais ce n’est pas tout. Son roman vaut également (et surtout) pour la justesse émouvante de l’évocation du gang adolescent, avec son mélange de rébellion, de goût de la musique, d’amours naissantes (qu’on trouverait n’importe où en France) mais aussi, et c’est là qu’on retrouve la campagne, les moments de liberté totale au bord d’une rivière, ou sur un vélo, le plaisir de sentir le soleil, d’être dans l’herbe, d’écouter les oiseaux, de lire au bord de l’eau … Ou comment parler de tous les ados du monde, tout en étant très local et spécifique. C’est très réussi.

Et puis il y a la partie plus sombre, en contrepoint de cette partie lumineuse : le drame passé, et surtout la situation actuelle, avec des villages et des petites villes qui se meurent, de chômage, de misère et d’ennui ; des gens désœuvrés ; et les mêmes saloperies qu’à la ville, trafics de drogues, petits boulots, racisme, traumatismes des anciens soldats, disparition progressive des services de l’état …

Ajoutez à tout cela quelques magnifiques portraits. Un gang qu’on aime à la folie, même quand il déconne, quelques croquemitaines qui ne dépareraient pas chez Lansdale, des silhouettes de poivrots de westerns, et un mélange de Stand by me et de La guerre des boutons (la vraie, celle du bouquin et de la version avec Galabru, Dufilho et l’effrayant Jean Richard, pas les resucées insipides).

Vous aurez compris, j’espère, qu’il faut lire Rural noir.

Benoît Minville / Rural noir, Série Noire (2016).

9 réflexions au sujet de « Campagne noire »

  1. fanchbib

    Encore une critique qui pousse à se précipiter chez un bon libraire, mais à cette heure, tout est fermé!
    J’aime quand les écoutes et les lectures se télescopent, c’est la cas aujourd’hui: Benoît
    Minville était en effet invité de l’émission Les nouvelles vagues, de Marie Richeux, sur France Culture. Pas souvent que le polar fasse une infidélité aux Mauvais genres du samedi soir, mais aujourd’hui, plus que le polar, c’était le thème de l’amitié (et des sombres amitiés de l’adolescence) qui était d’actualité. L’écoute de Benoît Minville, bien qu’en pointillé car en voiture pour un rendez-vous, m’avait déjà captivé. Il me semble être de la même génération de l’auteur, et même si j’étais plutôt Ferré, Lavilliers et Higelin, une bande de potes qui écoute AC/DC et mate Terminator en buvant des bières, ça me rappelle quelque chose.
    Découvrir ses deux titres parus chez Sarbacane (Je suis sa fille et Les géants), ça me dit bien aussi. Les avez-vous lus?
    Merci encore pour cette découverte, peut-être y reviendrais-je lorsque je l’aurai lu, mais je n’ai pas le même rythme de lecture et d’écriture que l’auteur de ce blog!

    Répondre
    1. actudunoir Auteur de l’article

      Pas lu ces deux titres. Il faut que je lise Les géants que j’ai acheté à mon grand, et j’ai offert l’autre à ma nièce, mais je n’ai pas eu de retour.
      C’est bien si ce bouquin a un peu de presse, il le mérite, et ce serait vraiment parfait s’il rencontrait le public qu’il mérite.

      Répondre
  2. belette2911

    Bon, je vais éviter ce blog de perdition qui fait des trous dans mes finances !! 😀 Pas besoin d’insister sur le fait qu’il faut le lire, je l’avais compris en lisant ta chronique. T’es pas gentil, toi, avec ms finances !! 😀

    Répondre
      1. belette2911

        Tu pourrais être méchant que je m’en ficherais, tant que tu ne me fais pas dépenser mes pauvres petits sous que je n’ai plus dans tous ces romans ! mdr

  3. Nicolas

    J’en attendais beaucoup, j’ai été TRES déçu…
    Histoire très banale, style répétitif et plat ; structure passé/présent très paresseuse
    Le « gang » est bien décrit mais l’intrigue est vraiment trop mince, même dans cette campagne reculée où rien ne se passe

    j’adore le titre, c’est déjà ça

    Je me lance dans le Ferey…………………que j’attendais encore plus

    Répondre

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