Benoit Séverac revient chez les adultes

Depuis quelques années, mis à part un Poulpe, il avait délaissé les vieux pour écrire pour les jeunes. Benoit Séverac nous revient (à nous les vieux) avec Le chien arabe.

SeveracSergine Ollard est vétérinaire dans une clinique des Izards. Juste à côté des barres livrées aux bandes de frappes qui contrôlent le trafic de drogue de la zone. Une nuit, alors qu’elle est de permanence, elle enfreint toutes les règles en accompagnant une ado, Samia, dans les caves des immeubles récupérer un chien qui semble sur le point de mourir.

Quand elle s’aperçoit qu’il a l’estomac bourré de sachets de drogue, elle se rend compte qu’elle a mis les pieds dans une sale affaire, sans se douter qu’elle va jouer le rôle du fameux éléphant dans le magasin de porcelaine et débarquer au milieu d’une guerre entre trafiquants et islamistes.

Voilà un bon roman qui aurait pu être mieux, qui aurait pu être un grand roman.

Parce que tout y est : la thématique bien entendu, brulante (même si c’est l’affaire Merah qui semble avoir été le déclencheur, et pas les attentats récents). Une thématique qu’il traite en trouvant un angle assez original, avec cette pauvre véto qui met ses grands pieds dans le plat, sans avoir la moindre idée du terrain sur lequel elle s’aventure.

La description du quartier, les difficultés des habitants, les jeux troubles des différentes entités de la police … Cela aussi est bien décrit.

Alors que manque-t-il ? C’est difficile à cerner. J’aurais aimé trembler davantage, sentir la montée de la folie assassine, ressentir plus la trouille de la gamine, la saloperie de ceux qui manipulent, la panique de la véto. Si je devais résumer je dirais qu’à mon goût c’est trop gentil et sage, que le lecteur s’en tire à trop bon compte pour un tel sujet.

Alors peut-être Benoit Séverac a-t-il gardé quelque chose de son écriture pour les jeunes, une réticence à secouer et à prendre aux tripes, quitte à mettre mal à l’aise. Mais sur un tel sujet, cela me manque et enlève à ce bon roman la force qu’il aurait pu (dû ?) avoir.

Reste Sergine avec toute sa maladresse et son impuissance, Sergine secouée et agressée par les uns, engueulée par les autres, Sergine qui à force d’obstination finit par faire, un tout petit peu, bouger les choses ; juste parce qu’elle refuse la fatalité. A méditer.

Benoit Séverac / Le chien arabe, La Manufacture des livres (2016).

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