Le retour de Douglas Brodie

Après La cabane des pendus, revoilà Gordon Ferris et son personnage, Douglas Brodie, ancien flic de Glasgow devenu journaliste dans Les justiciers de Glasgow.

FerrisDouglas Brodie se remet difficilement de sa participation à la guerre en général, de ce qu’il a vu dans les camps de concentration en particulier. Après des mois de descente aux enfers, il a refait surface et est aujourd’hui reporter à l’essai à la Gazette de Glasgow. Avec son mentor il est chargé de suivre les faits divers.

Deux affaires viennent les occuper à temps plein : Un conseiller municipal a été assassiné de façon particulièrement horrible. Il s’avère qu’il était en charge, avec d’autres, des grands projets de reconstruction de la ville. En même temps un groupe qui s’est baptisé « les marshals de Glasgow » s’en prend à ceux qui ont échappé à la justice et les punit de façon particulièrement douloureuse.

Dans une ville où la classe dominante est toujours aussi arrogante, la police corrompue, et où les pauvres vivent toujours aussi mal, une telle initiative a plutôt les faveurs du public. Douglas Brodie va se retrouver, une fois de plus, pris dans un tourbillon de violence.

J’avais beaucoup aimé La cabane des pendus, j’ai beaucoup aimé ces justiciers de Glasgow. Très belle description d’une ville où la misère la plus crasse côtoie une richesse et une arrogance insupportables. Beaux portraits d’êtres fracassés par la guerre, par l’horreur de ce qu’ils ont vu, par la culpabilité qu’ils peuvent ressentir, tout en ne cachant pas l’exaltation qu’il peut y avoir, aussi, à faire la guerre justement. Intéressant de voir que, comme Martyn Waites dans La chambre blanche, Gordon Ferris a choisi de parler de cette époque où, sous prétexte d’améliorer l’habitat des plus pauvres, les plus riches ont corrompu, magouillé, acheté les politiques, pour finir encore plus riches, et remplacer les taudis d’hier par des ensembles qui deviendront les taudis d’aujourd’hui. Nous avons la version anglaise la version écossaise … N’y aurait-il pas eu de corruption chez nous ?

L’atmosphère du journal, entre pression du pouvoir, de la police et des riches, et envie de sortir le scoop, quoi qu’il arrive ; entre nécessité de vérifier et nécessité d’aller vite pour griller les concurrents ; la fièvre du bouclage, les tiraillements entre racolage et envie de faire une « belle » presse … Tout cela est rendu palpable tout au long du roman.

Et puis, il est bien ce Douglas, que l’on ne peut s’empêcher d’aimer avec ses doutes, ses rages, ses préjugés, ses cauchemars, ses fidélités, ses affaires de cœur, ses relations avec sa mère … Un personnage que je serai très heureux de retrouver dans un prochain épisode.

Gordon Ferris / Les justiciers de Glasgow (Bitter water, 2012), Seuil/Policiers (2016), traduit de l’anglais (Ecosse) par Hubert Tézenas.

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