Petite déception argentine

Une nouvelle auteur argentine chez Métailié, j’applaudie … Mais j’ai été déçu. C’est Les eaux troubles du Tigre d’Alicia Plante.

planteJulia partage son temps entre le centre-ville de Buenos Aires et sa petite maison du Tigre, cet entrelacs d’îles et de canaux du delta du Paraná, un lieu où les « touristes » de la capitale se croisent avec le iliens qui vivent là toute l’année. Quand un de ces touristes est retrouvé mort auprès de son amie dans la maison qu’ils sont en train de retaper, la police locale conclut immédiatement à un suicide. Pourtant un des amis de Julia lui assure que c’est impossible, que l’homme qu’il avait quitté juste avant sa mort était d’excellente humeur.

Intriguée, Julia décide de faire appel à un de ses amis, le juge Leo Resnick pour tenter de savoir ce qu’il s’est passé. Leurs recherches vont les plonger dans des eaux bien plus troubles que celles du Tigre, celles de la dictature, de l’impunité des coupables et de la corruption de la police.

J’ai donc été déçu. Il manque de la chair à ce roman. Il lui manque des sensations. Rien à dire sur le fond, l’enquête sur les vols d’enfants, le contexte avec ces anciens militaires qui sont toujours là (ou qui sont revenus) et qui ont gardé un certain pouvoir de nuisance (et même un pouvoir de nuisance certain). Rien à dire non plus sur la peinture d’une partie de la société qui ne veut pas savoir, ou qui veut oublier. Tout cela est bien mis en place.

Mais cela, à mon goût, ne fait pas un roman. L’auteur situe une bonne partie de l’action dans le delta du Tigre. Mais n’exploite pas ce qui reste un simple décor. Rien à voir, par exemple, avec le Pô de Varesi qui devient un vrai personnage. Ici on ne vit pas la vie des habitants, on ne se fait pas piquer par les moustiques, on ne se rafraîchit pas en piquant une tête, on ne suit pas le vol d’un oiseau, on ne s’en pas l’odeur des asados, la fraicheur d’une bière …

Et c’est la même chose pour les personnages. L’auteur dit qu’ils aiment ou n’aiment pas, haïssent ou méprisent, mais on ne ressent rien, tout semble concentré sur leur réflexion, leur parcours vers la résolution de l’intrigue.

Au final, j’ai lu le roman sans ennui, comme un essai ou une enquête journalistique, mais également sans émotion, sans sourire, trembler ou m’énerver. Sans non plus me donner envie d’aller canoter sur les canaux du Tigre, me précipiter pour ouvrir une bouteille ou allumer le barbecue, ou de casser la gueule à un ancien militaire … Avec intérêt, mais sans passion ni émotion. Dommage.

Alicia Plante / Les eaux troubles du Tigre (Una mancha más, 2011), Métailié (2016), traduit de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry.

11 réflexions au sujet de « Petite déception argentine »

  1. belette2911

    Zut… je l’avais noté et voilà que tu me douches. Tu vas dire que je suis bizarre, quand tu me tentes, je râle et quand tu me douches, je râle aussi… Bon, je ne t’en veux pas ! 😆

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      1. belette2911

        J’aime râler ! Et c’est plus drôle de râler ici que sur mes biiip de biiiip de politiciens, banquiers, assureurs, labos pharma, industriels de chez Tricatel… PTDR

  2. Le Noir

    Je viens juste de finir de lire une « vieillerie » sur le même sujet : « Le quintette de Buenos Aires » de Valquez Montalban. Je ne regrette pas, à priori, d’avoir un peu de retard sur l’actualité littéraire…

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  3. Françoise

    Ah, dommage, je l’ai déjà commandé pour la médiathèque… Il faut dire que je prends presque systématiquement tout ce qui sort chez Métailié noir…

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Ce n’est pas indigne non plus ! Et j’ai vu quelques avis plus positifs que le mien. Ca plaira sans doute à ceux qui veulent ne savoir un peu plus sur cette époque et ces affaires. Malheureusement, comme j’ai déjà pas mal lu et vu sur le sujet, de mon point de vue, il n’y a rien de nouveau ici et ça manque de passion.

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  4. Sébastien

    Entièrement d’accord. J’achète presque tous les romans latinos publiés par Métaillié et de temps en temps, il y a forcément une déception. Ca a été le cas ici. Les quelques descriptions du Tigre ne suffisent pas à transporter le lecteur vers les canaux du delta du Parana (même si j’ai la chance de connaitre cet endroit) et n’apportent absolument rien à une intrigue qui aurait pu se dérouler en bien d’autres endroits d’Argentine. Par ailleurs les personnages manquent de profondeur. Un défaut auquel contribue le style vaguement journalistique de certains passages. Bref, je n’ai pas plongé pas dans ces eaux troubles. Comme roman sur les bébés volés durant la dernière dictature argentine, mieux vaut (re)lire A los veinte años Luz / Luz ou le temps sauvage d’Elsa Osorio, Dos veces junio / Le conscrit de Martín Kohan (un roman glaçant), ou La pena perdida / La peine capitale de Santiago Roncagliolo (même si l’action se passe au Pérou, l’Argentine est présente). A noter que ces deux derniers se passent pendant la coupe du monde de la honte en 78.

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