Donald Ray Pollock, avec un certain retard

J’ai lu beaucoup de bien sur Donald Ray Pollock, mais j’étais passé à côté, raté au moment de la sortie, pas lu ensuite. Comme il sera à Toulouse en octobre prochain pour le festival Toulouse Polars du Sud, et comme c’est les vacances, il était temps de faire une petite cession de rattrapage : Le diable tout le temps.

PollockWillard Russell ne s’est jamais vraiment remis de ce qu’il a vu dans le Pacifique pendant la seconde guerre mondiale. Il est pourtant rentré dans sa petite ville de l’Ohio, c’est marié, a eu un fil Arvin. Mais quand son épouse, qu’il adore, tombe gravement malade, il sombre dans la folie, manquant emporter son fils.

Des années plus tard, Arvin vit chez sa grand-mère. Elle a recueilli la fille d’une voisine, morte assassinée quelques années plus tôt. Le père, un pasteur à moiti cinglé a disparu avec son cousin.

Non loin, un couple occupe ses vacances en roulant, et en piégeant des autostoppeurs. Le mari collectionne les photos qu’il prend des cadavres …

Autant de destins qui vont finir par se croiser, pour le pire.

J’arrive bien après la bataille et tout a été dit sur ce roman. On lit même, en quatrième de couverture une grosse exagération, ou le résultat d’une grosse lacune en romans américains contemporains (comme quoi on n’aurait rien lu d’aussi dévastateur depuis des années).

Pour moi Donald Ray Pollock livre là un excellent roman noir, bien dans la lignée des romans de gens comme Harry Crews, Larry Brown ou Tristan Egolf (il y a quelques années), Chris Offut, Frank Bill ou des auteurs de néonoir chez Galmeister plus récemment. Ce qui ne lui enlève aucun mérite bien évidemment.

L’époque, les traumatismes de la guerre, la misère culturelle et économique, la folie religieuse, son hypocrisie, le poids qu’elle fait peser sur tous … tout cela est magnifiquement écrit. L’auteur jongle avec les époques et les personnages, précise peu à peu les pièces du puzzle et fait monter la tension et la pression jusqu’à un final qu’on devine sanglant.

Il évite tout misérabilisme, évoque les pires cruautés en pratiquant volontiers l’ellipse, ce qui évite le gore et le voyeurisme et laisse l’imagination (macabre) du lecteur faire le travail. Sans pitié pour le lecteur, il en montre pour ses personnages (pour certains personnages, pas tous) et fait preuve d’une très belle humanité et compréhension pour les paumés qu’il décrit.

Une belle découverte pour moi, et un auteur que je suivrai maintenant attentivement.

Donald Ray Pollock / Le diable tout le temps (The devil all the time, 2011), Le livre de poche (2014), traduit de l’anglais (USA) par Christophe Mercier.

8 réflexions au sujet de « Donald Ray Pollock, avec un certain retard »

  1. Meyer Meyer

    C’est vrai que tu te réveilles tard. je l’ai lu à sa sortie sur les conseils de « Lire » qui en avait fait (si je n’écris pas de bêtises) son roman de l’année. C’est un excellent bouquin, glauque à souhait. j’ai beaucoup aimé son ambiance. Mon épouse à également aimé le livre mais il l’a mise très mal à l’aise (ceci est un petit avertissement pour les âmes sensibles).

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  2. wollanup.

    Il était temps quand même Jean Marc,le nouveau,sortie début octobre:l’histoire de deux frères braqueurs de banque en 1917. »The heavenly table ».
    Je trouve aussi beaucoup de similitudes avec Flannery O’Connor surtout le début du roman.
    Par contre tu parles du Gallois Bill James,là je ne comprends pas trop.

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  3. ingannmic

    C’est bien aussi de découvrir un titre après tout le monde, et une fois retombées les éloges ou les critiques à son sujet… cela permet une approche plus « apaisée ». J’avais adoré la façon dont Pollock nous immerge dans ce cauchemar gluant, même si cela a aussi un côté douloureux (ou justement parce que ?…). On retrouve la même atmosphère dans Knockemstiff, son recueil de nouvelles.

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