Un Thomas Cook en retard.

Encore un auteur que j’aime beaucoup et dont j’avais laissé passer un roman : Les liens de sang de Thomas H. Cook.

CookDavid et Diana vivent dans une petite ville américaine. Après une enfance et une adolescence difficiles, élevés par un père schizophrène paranoïaque ils semblent avoir réussit à construire une vie normale. David est un avocat sans ambition, marié et père d’une fille de 17 ans. Diana, d’une intelligence brillante, se consacre à l’éducation de son fils Jason handicapé, et s’éloigne peu à peu de son mari Mark, un généticien ambitieux.

La mort de Jason, qui se noie alors qu’il était sous la surveillance de son père fait voler en éclats le fragile équilibre. Diana utilise alors toutes ses ressources pour prouver que Mark est responsable de la mort de son fils, et David qui tente désespérément de maintenir une apparence de banalité se retrouve pris dans un tourbillon de folie.

Du pur Thomas Cook, d’une finesse, d’une subtilité dans la construction et l’écriture qui laissent admiratifs. Aucun effet, aucun forçage, on a l’impression qu’il ne nous raconte que de petits détails de la vie quotidienne et pourtant le suspense et l’angoisse sourde montent du début à la fin du roman, jusqu’à la dernière phrase qui laisse le lecteur pantois.

La montée de l’intrigue, avec ses alternances entre l’interrogatoire de David et les retours sur le passé, récent ou plus ancien, est magistrale et pourtant sans scène de bravoure ni détail sanglant. On est happé par la folie supposée, on doute de tout jusqu’à la fin, qui laisse plus de questions ouvertes qu’elle ne donne de réponses.

Impressionnant d’humanité, de tendresse et en même temps de lucidité, bouleversant quand il décrit la panique face à une folie redoutée, d’une justesse terrible dans la description des relations humaines, au sein d’une famille, entre frères ou dans le monde professionnel, décidément Thomas H. Cook est le maître des romans noirs familiaux et des secrets enfouis.

Thomas H. Cook / Les liens de sang (The cloud of unknowing, 2007), Folio / Policier (2011), traduit de l’anglais (USA) par Clément Baude.

7 réflexions au sujet de « Un Thomas Cook en retard. »

  1. Françoise

    C’est drôle, moi aussi je viens de lire un Thomas H. Cook, « la Vérité sur Anna Klein », avec, là aussi une plongée dans le passé et une alternance des récits, un roman dans le roman. Je ne peux que partager ton avis sur l’auteur et sur le bonheur d’une telle subtilité, d’une telle finesse et en même temps de tant de sobriété. À vrai dire, je ne peux le comparer à aucun autre auteur de roman noir : la seule référence que j’arrive à trouver c’est Stefan Zweig pour la finesse de l’analyse psychologique, l’art de la construction dans la narration et les allers-retours entre présent et passé. Et, de ma part (en toute modestie car je ne suis pas une pro, juste une simple lectrice passionnée) c’est un sacré compliment.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      La vérité sur Anna Klein aussi est très bien. Comme tous les romans de Cook en fait. Et je crois que celui qui m’a le plus secoué est Les feuilles mortes.

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  2. La Feuille

    Mon préféré, je crois, c’est « au lieu dit Noir étang », mais il faut dire que c’est l’un des premiers que j’ai lus et j’ai été vivement impressionné. En tout cas, j’opine du bonnet (bien que ce ne soit guère de saison) Thomas Cook est un grand du polar américain.

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