Laurent Chalumeau, digne héritier du grand Elmore.

Encore un livre que j’avais mis de côté pour le lire pendant les vacances. Kif de Laurent Chalumeau.

kif.inddLa Côté d’Azur, ses ripoux, ses fachos, ses parvenus, ses excités du coran …

Pas facile de s’appeler Georges Clounet (Clounet ET), et pas facile d’accepter qu’une vie d’économies (une vie de CRS spécialisé dans la sécurité des ambassades) ait été dilapidée par un beau-frère en qui on avait confiance. Georges se retrouve quand même propriétaire d’une boite de nuit fréquentée par un flic ripoux, un maquereau qui veut organiser des tournages de pornos, quelques dealers … Et la faune locale. Or il se trouve que Georges est incorruptible, ce qui va mal passer.

Dans le coin également, un parent de Ben Laden (encore un nom difficile à porter pour d’autres raisons) dont le héros est … DSK, avec qui il rêve de partouzer. Sans compter quelques élus FN, un converti au jihad (ex Kevin, nouveau Kader) qui veut construire une mosquée et quelques autres spécimens peu recommandables, et pas toujours très malins.

Tout ça ne peut que péter.

Laurent Chalumeau est un grand spécialiste d’Elmore Leonard. Et on ne peut pas être familier du maître en dialogues et personnages cools sans que cela se ressente d’un façon ou d’une autre. Et ici, c’est de la meilleure façon.

Laurent Chalumeau arrive à rendre hommage au grand Leonard sans être écrasé par la référence, ce qui donne un roman absolument jouissif. Dans le même temps, il ne rend pas une pâle copie, mais un roman personnel où il fait entendre sa voix. Car si on retrouve le goût du maître pour les personnages cools, les truands très bêtes et très méchants, et son sens du dialogue, l’auteur a également su adapter tout cela à son histoire, à ses personnages, à leur langue et au lieu et à l’époque qu’il décrit.

Les dialogues sont truculents, drôles sans jamais être forcés. Ils fonctionnent à fond sans qu’on n’ait jamais l’impression que l’auteur cherche à faire un bon mot, ou à faire du Audiard, ils coulent de source, comme ceux de Leonard.

Les truands sont d’une bêtise qui n’a d’égale que leur méchanceté, leur lâcheté et leur saloperie. Les personnages cools ne sont pas exempts de défauts, mais gardent ce détachement, cette distance ironique typique de ceux de Leonard, même dans les pires circonstances, et ça aussi c’est jouissif. Ajoutez à cela de très beaux portraits de femmes, fortes et parfois de vraies saloperies, vous aurez la recette d’un excellent cocktail.

Au final, derrière une histoire que l’on déguste sourire aux lèvres, l’auteur dresse un portrait très juste de ce bout de Côte d’Azur, avec sa vulgarité, sa corruption, mais aussi ses personnages qui font ce qu’ils peuvent pour s’en sortir.

Une vraie réussite, digne de grand Elmore, et signée Laurent Chalumeau.

Laurent Chalumeau / Kif, Rivages / Noir (2016.

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