Il faut (re)lire Fajardie

L’occasion faisant le larron (et non le lardon comme dit mon fils qui aime la charcuterie) j’ai repêché La nuit des chats bottés de Frédéric H. Fajardie de ma bibliothèque. Avec un immense plaisir.

fajardie1Un soir Stéphan rencontre Jeanne. C’est le coup de foudre. Jeanne a une vie triste, suite de la triste vie d’un père ouvrier exploité jusqu’à la mort. Stéphan et son copain Paul sont d’anciens militaires. L’un officier spécialiste des explosifs (Stéphan), l’autre sous-officier taillé comme une montagne, fidèles à la vie à la mort.

Un soir Stéphan va faire parler Jeanne, écouter son histoire et celle de son père, enregistrer tout et, en guise de cadeau, plutôt que des fleurs, lui offrir des feux d’artifice : Tous les lieux où son père a été humilié seront rasés, et rasés avec panache. Et tant pis s’il y a quelques dommages collatéraux.

Jouissif. C’est le premier mot qui vient à l’esprit pendant et après la lecture de ce court roman. Jouissif et dépaysant, encore plus dépaysant aujourd’hui, tant il met en avant des valeurs, des actes et des révoltes qui semblent, malheureusement, d’un autre âge.

C’est que faire flamber les symboles de l’oppression, sans aucun intérêt mercantile, juste pour l’amour d’une belle, ça a quand même plus de gueule que démonter des portiques de péage avec un bonnet rouge sur la tête, ou ravager un abribus ou une école, ou caillasser des pompiers. Et je ne parle même pas de la barbarie mortifère et abrutie qui consiste à mitrailler des gens en terrasse ou foncer sur la foule avec un camion, tout ça au nom d’un soi-disant Dieu et d’un texte qui date (presque) de Mathusalem.

fajardie2Bien entendu, ce qui est raconté ici n’est pas la réalité, c’est sans doute même impossible, mais la beauté de la littérature en général, et de celle de Fajardie en particulier, c’est que pendant un moment, tant qu’on est plongé avec ravissement dans la lecture, on y croit. On y croit à ce chevalier sans peur et sans reproche, ce vengeur des faibles, cet amoureux flamboyant. Il faut dire que l’histoire est particulièrement bien racontée, avec un rythme, une légèreté et une apparente facilité qui me fait penser aux films de cape et épée que j’ai vu et revu avec mes gamins il y a quelques années.

Alors pour rêver, même si c’est seulement pendant quelques heures, lisez ou relisez La nuit des chats bottés.

Frédéric H. Fajardie / La nuit des chats bottés, La table ronde/La petite vermillon (1993, réédition 2016).

15 réflexions au sujet de « Il faut (re)lire Fajardie »

  1. Brigitte

    Votre 1er article sur Fajardie m’a donné envie d’aller voir ce qu’avait ma médiathèque, la plupart des Fajardie sont maintenant au « magasin », id est pas dispos immédiatement. Mais j’ai trouvé La manière douce, publié en 1994, c’est sidérant d’y lire des points de vue aussi actuels sur le basculement des gens de la gauche vers l’extrême droite, la bêtise des politiques, des media, le racisme enraciné…Certes la guerre civile qui y est représentée n’est pas là, mais quelles analyses!
    A lire, effectivement, merci

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Et oui, La manière douce est une politique fiction qui malheureusement c’est révélée très prophétique. Et maintenant avec ces réédition les bibliothèques vont pouvoir renouveler les stocks !

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  2. Françoise

    Dans certaines mediatheques, les oeuvres de Fajardie sont encore toutes disponibles, même si certaines sont un peu fatiguées. 😉

    Répondre
      1. Françoise

        J’ai à peu près tout lu il y a fort longtemps. Comme j’ai bien connu l’auteur, certains ouvrages me donnent encore des frissons tellement on sent la personnalité de l’homme derrière son oeuvre. Une belle personne.

  3. Françoise

    Oui, d’ailleurs je suis en train de racheter ces nouvelles éditions car ils sont un peu fatigués : ça donnera à nos lecteurs l’envie de le découvrir ou de le redécouvrir.

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  4. Ramirez

    Bon, moi les Fajardie que je préfèrent sont ceux dit « légers » les politiques me semblent datés et surtout démago. Bon quand ils découpaient des flics en lanière dans « Tueur de flics » c’était poilant mais c’était sous Giscard…………En plus le style est souvent bâclé. C’est dommage même si c’est agréable à lire.

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