David Joy sur les traces de Daniel Woodrell

Je l’avais laissé s’enterrer sous la pile, mais une interview fort intéressante de David Joy m’a fait exhumer Là où les lumières se perdent.

david-joyQuelque part dans les Appalaches Jacob McNeely sait qu’il ne pourra jamais échapper à l’emprise de son père Charlie, parrain local à la tête de tout un réseau de trafic de came. A 18 ans il a déjà quitté le lycée et rompu avec Maggie dont il est désespérément amoureux pour qu’elle ait une chance de pouvoir quitter la région et trouver ailleurs la vie qu’elle mérite.

Un soir où il est censé intimider un junkie avec deux complices, les événements lui échappent et il se retrouve dans le collimateur de la police. Deux possibilités s’offrent à lui : rejoindre vraiment les affaires de son père, ou l’affronter et tenter de partir pour refaire sa vie, loin, avec Maggie.

Un auteur qui cite Daniel Woodrell, et en particulier La mort du petit cœur, Larry Brown et Ron Rash ne peut pas être totalement mauvais ! Et si David Joy n’est pas encore au niveau de ses modèles, on sent bien que c’est dans cette direction qu’il va. Ce qui est déjà très bien.

On est bien dans les Appalaches, mais finalement, à sa façon, David Joy raconte la même histoire que Gravesend de William Boyle : l’impossibilité d’échapper à son milieu et à son quartier (ou coin de montagne) et la force écrasante du déterminisme social.

Il le raconte bien évidemment à sa façon, avec un personnage en train de passer à l’âge adulte, une lutte contre le père, et une histoire d’amour. Et il fait preuve d’une empathie et une proximité avec Jacob qui le rapprochent effectivement d’un Daniel Woodrell.

Il lui manque encore un peu de force, surtout dans les personnages secondaires (le père par exemple, effrayant, ne fait pas autant trembler qu’il le devrait), mais être un peu moins bien que Woodrell, c’est déjà être très bien !

D’autant que le roman est relevé par une fin particulièrement réussie, émouvante et cohérente, et la noirceur du récit est illuminée par de réels moments de grâce lumineuse. Un jeune auteur à suivre sans le moindre doute.

David Joy / Là où les lumières se perdent (Where all light tends to go, 2015), Sonatine (2016), traduit de l’anglais (USA) par Fabrice Pointeau.

9 réflexions au sujet de « David Joy sur les traces de Daniel Woodrell »

  1. wollanup

    Merci pour le lien Jean Marc.Les références Woodrell, Rash, Brown plaident en effet en sa faveur et quand de surcroît l’auteur fait montre d’une humanité en accord avec ses écrits,c’est certain qu’on tient un futur grand.

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  2. tasha

    Moi aussi je l’ai laissé s’enterrer dans la pile des bouquins achetés ces dernières semaines. M’est avis qu’il va remonter, ta chronique me fait envie.

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