Miéville rend hommage à Melville

Je sais, le titre est un peu facile, mais pourquoi résister à la facilité ? Un peu, parfois, on peut non ? Et il faut dire qu’avec ce Merfer, China Miéville nous la tend sur un plateau.

mievilleLa Merfer, comme son nom l’indique, la mer de fer … Quelques îles de Terre habitées, et entre une terre meuble, peuplée de créatures toutes plus dangereuses les unes que les autres, sillonnée d’un entrelacs de rails, de voies, d’aiguillages sur lesquels des trains de toutes sortes circulent en permanence : marchands, militaires, explorateurs, nomades … et les taupiers, trains spécialisés dans la chasse à l’animal le plus formidable de ce monde, Talpa Ferox Rex, Léviathan sous-terrain.

Sham est aide-médecin à bord du Mèdes, de la capitaine Picbaie qui traque une bête qui lui a arraché le bras : la plus grande de toutes, la taupe albinos légendaire Jackie La Nargue. Une vie de dangers, de merveilles et de surprises, comme la découverte de cette motrice fantôme qui pourrait bien les mener au bout de la Merfer, au bout des rails, là où commence le Paradis … Ou l’Enfer.

Je ne connais pas bien l’œuvre de China Mieville, mais après The City and the City, que j’ai adoré, et Kraken, que je n’ai pas réussi à lire, il me semble qu’on peut au moins affirmer qu’il nous amène dans des lieux où on ne s’est jamais aventuré.

Impressionnant de voir comment à partir d’un certain nombre de classiques de la littérature (il cite les auteurs en fin d’ouvrage), dont Melville évidemment, mais aussi Defoe ou Stevenson que j’ai reconnus, et tous les autres à côté desquels je suis passé, il crée un monde complètement original (et totalement barré !). Impressionnantes ses évocations de la chasse à la taupe, d’une grande puissance visuelle, à la fois très semblables et complètement nouvelles par rapport aux images qu’on peut avoir de Moby Dick. Je ne suis pas prêt d’oublier le tremblement de terre quand Jackie la Nargue surgit dans un tourbillon de terre et de poussière.

Une qui a dû transpirer, et en même temps s’amuser comme une folle, c’est Nathalie Mège à la traduction d’un roman qui invente en permanence une langue et un vocabulaire en même temps qu’il invente un monde, des paysages, des métiers, des sociétés, une faune, des légendes, des Dieux …

On pourra sans doute ne pas rentrer dans cet univers, et tout le monde n’acceptera pas sa structure de conte halluciné ; question de goût et d’affinité. A ceux qui y seront sensibles, je promets un grand moment de folie et d’émerveillement et des surprises permanentes.

Et je me prends à imaginer ce qu’un Tim Burton ou un Terry Gilliam pourraient faire avec un tel point de départ.

China Miéville / Merfer (Railsea, 2012), Fleuve/Outrefleuve (2016), traduit de l’anglais par Nathalie Mège.

11 réflexions au sujet de « Miéville rend hommage à Melville »

  1. belette2911

    On a le droit de faire dans la facilité lorsqu’elle nous tend les bras 😉 Dis-moi, une taupe géante qui lui a arraché le bras et qui est toute blanche, ça ne ressemblerait pas un peu à Moby Dick ?? 😀 C’est ce que je me suis dite en moi-même en commençant l’article et puis boum, tu en parlais plus bas, disant qu’en fait, c’était différend…

    Nom de zeus, j’ai une furieuse envie de le noter !!

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      1. belette2911

        Effectivement… pas faux ! 😆 Ma foi, je devrais arrêter de vous fréquenter tous et toutes pour arriver à m’en sortir avec ma PAL !

        Mais aie-je envie de m’en sortir ?? That is the question… 😉

  2. yossarian

    Miéville est un genre à lui tout seul, même s’il revendique l’étiquette New Weird. Je suis ressorti de la lecture des « Scarifiés » à jamais converti. Depuis, je ne loupe aucun de ses bouquins, même si parfois certains me tombent des mains.

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  3. Le Noir

    J’arrive un peu tardivement… Pour ceux qui ne connaissent pas Mieville, je conseillerais de commencer par « Perdido Street Station », c’est celui qui m’a scotché et le plus enthousiasmé (je n’ai pas tout lu de lui). Un univers singulier à l’image des grands de la SF.

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